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mercredi 28 février 2018

la faute à la tapisserie épisode 3/3



A lonely beer par Giuseppe Milo



Aujourd'hui, 3ème et ultime volet de notre chronique consacrée à la prise en charge de Jean-Michel. Si vous avez loupé les deux premiers épisodes, vous pouvez les retrouver ici et . 


Françoise, la grande touriste. Une sorte de Marla Singer extraite de Fight Club en plus âgée et plus bourgeoise. Ainsi depuis le début c'est elle qui complète les tâches que j'ai donné à Jean-Michel. Un rôle de secrétaire en quelque sorte. Et si aider Jean-Michel lui permettait de s'aider elle-même.

Car il faut dire qu'avec Françoise on est au point mort des soins. C'est dur à admettre pour une patiente admise il y a plus d'un an. Un chemin énorme aurait pu être accompli. Mais non on est à ce jour comme à son admission ou presque! Service d'admission psychiatrique spécialisé dans la gestion des état de crise ou pas, la réalité du monde hospitaliser c'est que quand on ne sait plus où mettre un patient on le garde même si plus rien ne se passe. Arrivée pour des motifs similaires à ceux de Jean-Michel, elle soutient auprès de chaque intervenants qu'elle n'a aucun problème avec l'alcool. Et pourtant... Les rares permissions qu'elle a prise en un an (3 ou 4) se sont toutes soldées par une réalcoolisation massive avec soit intervention des pompiers soit celle d'un collègue IDE missionné pour aller la récupérer dans une chambre d'hôtel minable. Il y a aussi ces états de furie dans lesquels elle peut se mettre une fois ivre. Elle si gentille la plupart du temps devient un monstre qui tape et qui frappe. Dans son dossier une photo de sa mère passée à tabac nous rappelle les conséquences désastreuses que peut engendrer l'alcool. Et il y a surtout ces atteintes cognitives importantes qui nous posent un problème majeur dans l'élaboration d'un objectif de changement. Comment impliquer un patient alcoolique dans le soin quand celui-ci n'a aucun souvenir de son comportement? Les rares ébauchent de soins se font suite à une alcoolisation lors d'une permission où Françoise avec un sentiment de honte et du culpabilité admet ses troubles. Elle reconnaît aussi avec naïveté qu'une fois déposée par le bus sur le lieu de sa permission elle ne savait plus ce qu'elle devait y faire, alors elle trouvait rapidement un supermarché ouvert et achetait une bouteille de William Peel... Cela dure une journée ou deux, rarement plus et jamais plus d'une semaine. Au-delà les entretiens tournent à vide. Françoise - entre troubles cognitifs omniprésent et un discours défensif qui évite soigneusement toute mention du mot alcool - se contente de répéter inlassablement "je suis venue ici pour me reposer..." Qu'importe si le repos dure un an ou plus semble-t-elle nous signifier. Et même si le projet de soins (ce fameux PPS "projet personnalisé de soins" pour lequel on nous bassine pour donner une belle image du service...) de Françoise est à l'abandon, je me rassure en me disant que chaque jour passé entre les murs la protège. Quand les pulsions sont trop fortes, ce sont les murs qui contiennent. Comme si - sans trop l'avoir décidé - elle avait mis en place une stratégie d'évitement de l'alcool.

Alors je me dis que le temps qu'elle passe à aider Jean-Michel à travailler sur sa problématique lui apportera peut-être. Nous faisons avec lui, ce que nous n'avons jamais réussi à faire avec elle. 

Et ça tombe bien, pour Jean-Michel ça progresse. A présent qu'il a clairement formulé son objectif d'abstinence à l'alcool, il aborde la suite des soins. Je suis surprise de voir qu'il avance à vitesse grande V. Il exprime son souhait de déménager.

- J'ai pas le choix. Pas d'autres choix que celui de partir. Toutes mes relations son toxiques. J'habite un appart de merde dans un quartier de merde. J'ai fais le tour alors je m'en vais. Car même avec la meilleure volonté du monde, je ne tiendrai pas longtemps. Personne bosse dans le quartier, matin, midi, soir y'a toujours quelqu'un pour venir toquer à la porte et te proposer à picoler. Alors... Alors j'ai déjà effacé la plupart des contacts de ma carte sim et je ne décroche plus si je ne sais pas qui appelle.

- Et où pensez vous allez vivre?

- Loin. Je veux quitter la région. Rien ne me retient par ici...

Comme je passe de nuit pour les 2 semaines à venir, j'informe Jean-Michel qu'il nous sera difficile de nous entretenir sur cette période. Et ça tombe plutôt bien, nos entretiens avaient déjà tendance à s'espacer et à se faire plus courts. Comme si depuis la clarification de sa décision de changement, il avait retrouvé suffisamment de confiance en lui pour progresser seul.

***

Sur mes horaires de nuit, je l'observe en début de soirée. Et je remarque la proximité qu'il affiche avec Françoise. Là-encore je n'ai rien anticipé. Cette proximité ne laisse que peu de doutes sur la nature de leur relation profonde. Il y quelque chose de surprenant dans cette relation entre "l'ex-prisonnier et la bourgeoise" comme si deux mondes s'entrechoquaient. J'ai quelques réserves sur les risques que présente cette union et en même temps j'ai envie d'y croire. Et puis de toute façon qui suis-je pour avancer un point de vue sur une relation. Croiser la route des patients sur une longue période ne nous donne aucun droit de regard sur leur vie sentimentale. Alors je ravale mes conseils et laisse se jouer ce qui doit se jouer...


Quand Jean-Michel passe chercher son somnifère à la pharmacie il m'annonce avoir trouvé un logement.

- ah bon, formidable, et sur quelle région alors?

- ah ben je reste dans le coin.

- Vous avez changé d'idée? Je pensais que c'était primordial pour vous de changer de région

- Oui mais en fait je vais me contenter de changer de coin déjà. Je quitte mon quartier pourri et change  de commune. Je m'éloigne de 20kms ça devrait être suffisant.

- Et donc tout est ficelé?

- Je retourne avec Françoise pour signer les papiers du bail en début de semaine, j'ai demandé une permission à vos collègues.

Je n'ose lui demander quel rôle à Françoise dans ce changement soudain de décision. Vient-elle uniquement pour l'aider dans la partie administrative où a-t-elle déjà revêtue le costume de la nouvelle compagne. Sans être clairvoyant je suis lucide de la scène qui se joue sous mes yeux. Deux être frappés par les épreuves et la solitude se rencontrent, alors pourquoi ne pas tenter ce quelque chose nommé amour et réputé pour redonner souffle et espoir aux êtres qui s'en croyaient à jamais dépourvu.

Le lendemain au même moment de la prise de traitement Jean-Michel me fait part de son impatience de sortir définitivement.

- J'en peux plus ici, toujours les mêmes têtes...

- C'est plutôt une bonne chose de se projeter sur l'extérieur.

- Ouais et puis avec le projet de l'appart' je suis confiant...

- Mais dîtes-moi, je me trompe où vous n'avez pas beaucoup pris de permissions avec des nuits à domicile.

- Non non, c'est vrai. J'ai juste pris des perm à l'après-midi pour faire mes démarches.

- Non vous n'avez pris aucune perm avec des nuits?

- Non aucune.

- Ah bon, mais demander une sortie dans ces conditions c'est un peu risqué je crois...

- Non j'ai pas envie de prendre des perm le week-end. Non j'aime faire ce que j'ai à faire et rentrer à l'hôpital ensuite.

- Je comprends mais les nuits à domicile pendant l'hospitalisation font partie du soin. C'est ce que l'on appelle la confrontation au réel. Il y a une grande différence entre sortir 3-4 heures avec un programme chargé à accomplir et partir pour 2 ou 3 jours avec certes des choses à faire mais aussi des moments de creux, de vide, d'ennui... Comment ferez vous face à vos difficultés si vous ne vous êtes pas testé avant?

- Non mais ça ira, merci Suzie, mais je suis confiant, j'ai le moral, ça roule.

- Bien sûr vous l'avez mais ce qui m'intéresse c'est que va-t-il se passer quand vous ne l'aurez pas? Qu'allez vous faire quand à la tombée de la nuit vos angoisses vont resurgir? Ici il y a toujours un soignant pour à vous écouter si vous vous sentez mal mais ce sera différent une fois sorti. 

- Mais ça fait déjà longtemps que je suis là, faut que je bouge.

- Je comprends votre impatience, je dis juste que sortir sans avoir testé des nuits seul au domicile c'est très risqué. J'ai confiance en vous, Jean-Michel et j'espère que vous avez bien conscience que le risque de rechute est et sera toujours présent. Alors il faut se méfier de lui...

- Oui mais je serai pas seul, quand ça ira pas il y aura Françoise pour m'écouter...

- Ah... parce qu'elle part avec vous?

- Oui, nous nous installons ensemble.

- Prenez un thérapeute pour poursuivre le travail débuté Jean-Michel. Malgré ses qualités Françoise n'est pas une professionnelle et elle-même a ses difficultés. 


Pour son ultime nuit dans le service - et aussi la dernière de Françoise - Jean-Michel vient me voir. Je lui ai préparé un document que j'ai prévu de lui remettre avant son départ. C'est moi qui prend la parole.

- Alors tout est bon. Les papiers son signés, y'a plus qu'à emménager?

- euh... comment dire, y'a eu un petit changement?

- ah bon que voulez vous dire?

- et bien Françoise n'avait jamais visité l'appartement jusqu'alors. Elle l'a découvert en venant signer le bail.

- et elle ne l'a pas aimé c'est ça?

- Ben disons que si elle le trouve bien, les pièces sont bien agencées, la superficie est suffisante pour nous deux mais comment dire, elle aime pas du tout la tapisserie, elle la trouve vieillotte, trop marquées années 60-70...

- Et donc vous faites quoi, vous restez hospitalisés le temps de trouver un autre logement c'est ça?

- Ah non je vous l'ai dit Suzie, je n'en peux plus de l'hôpital.

- Donc?

- Donc on part demain comme prévu. J'ai toujours mon appart, je pensais le rendre et bien je le garde. On va faire comme ça quelques mois le temps de retrouver un appart qui nous plaise à tous les deux. C'est mieux comme ça en fait, je n'avais pas à choisir un logement sans la consulter.

- Donc si j'ai bien compris vous êtes en train de me dire que vous retournez dans l'appartement qui était selon vos dires la source de tous vos tracas, à l'endroit même où vous avez toutes ces fréquentations à risques...

- Oui mais ça va mieux maintenant, je picole plus, j'en ai même plus envie et puis Françoise est avec moi. Non franchement vous vous faites trop de souci...

- Bon et bien si vous le dites... alors il ne me reste plus qu'à vous souhaitez une bonne continuation. Ah oui une dernière chose j'avais préparé ce document que j'aime remettre en fin de prise en charge. Alors c'est vrai on a surtout travaillé ensemble vos motivations à l'arrêt et peu les situations à hauts risques de reconsommer et les stratégies pour y faire face mais je crois néanmoins que ce document peu vous être utile. Complétez le si le cœur vous en dit et gardez le précieusement sur vous pour pouvoir le sortir en vas de coup dur.

(Vous pouvez retrouver ce document ici, désolé il est pas très beau, je l'ai fait sur word qui est tout pourri... à l'occasion faut que je le refasse et l'améliore)

Notre conversation s'est arrêtée là. Le lendemain, un vendredi à 14h, Jean-Michel et Françoise ont quitté l'hôpital.

Après un week-end houleux où se mêlèrent disputes, violence et beaucoup d'alcool, les voisins n'eurent d'autres choix que d'appeler les pompiers. Après 24h à dégriser à l'hôpital général, Françoise fut de retour dans le service dans lequel je travaille sans ses 3g82 d'alcoolémie et sans Jean-Michel. Lui aussi fut hospitalisé mais dans un autre service. Les équipes en place préférèrent leur permettre de mettre de la distance dans leur relation plutôt que d'affronter une situation potentiellement explosive. Tous deux ont accepté les soins et évitent ainsi les soins sous contraintes. Se saisiront-ils de cette nouvelle opportunité pour poursuivre le travail entamé ou au contraire demanderont-ils d'ici quelques jours leurs sorties définitives? Ce retour rapide à l'hôpital signe-t-il un échec de la prise en charges ou une nouvelle étape vers un prochain rétablissement? A ces questions je n'ai pas encore les réponses mais peut-être un jour reviendrai-je sur ces prises en charge.


KissKiss
Suzie Q, une fiction autobiographique



mercredi 21 février 2018

la faute à la tapisserie épisode 2/3


Layover par Chuddlesworth



L'addictologie est à la médecine ce que la gastronomie est à l'art, une discipline de seconde zone. Alors je ne sais pas si elle entretient d'autres rapports avec l'art culinaire mais histoire de filer la métaphore croyez-moi ou non en addicto je suis une quiche. Mais pas n'importe quelle quiche non, une quiche qui s'améliore, une quiche qui fait des efforts. 

C'est à Franck, mon collègue, que je dois tout, c'est lui qui m'a ouvert la voie, qui m'a montré l'importance de notre rôle. 

- Tu sais Suzie, les psy n'aiment pas les  alcooliques m'a-t-il dit. ça les emmerde de les prendre en charge car ils considèrent que leur place n'est pas à l'HP. Alors rares sont ceux qui se forment aux bonnes pratiques de l'addictologie et pourtant c'est un domaine passionnant à investir. Tu verras les prises en charge en addicto se limitent au minimum syndical. En gros le patient est vu par le médecin une première fois lors de son admission histoire de mettre en place une médication pour éviter tout problème de sevrage. Ensuite si tout va bien, si le patient est discret, ne demande rien, il ne sera probablement pas revu avant sa sortie définitive. Si en revanche ton patient dort mal ou à des angoisses alors il aura peut-être droit à un entretien médical supplémentaire histoire de réajuster le curseur de l'anxiolyse ou de changer le somnifère. Mais voilà en gros à quoi ressemble une prise en charge d'un patient addict. Alors bien sûr c'est un brin caricatural ce que je te dis mais ce qui est important à retenir c'est que ce n'est pas ici qu'on soigne les addicts. On les reçoit, on s'occupe du problème de sevrage et basta. On ne travaille pas leur relation à l'alcool et on ne cherche en aucun cas à modifier leurs pensées dysfonctionnelles et leur comportements. 

- ça craint non?

- Je ne sais pas... et je ne jette la pierre à personne mais c'est comme ça. ça fait des années que je suis là, que je vois défiler les médecins et c'est toujours pareil, soit ton patient décide de poursuivre les soins dans une cure spécialisée soit il rentre chez lui après son sevrage et son problème risque de rependre le dessus rapidement.

- Ouais ben je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est un peu triste...
- Peu importe... ce qui est cool en revanche c'est que ça nous laisse à nous IDE un vaste champ à investir. En addicto, tu vas voir, on a carte blanche. Jamais un médecin ne va t'empêcher de voir un patient en entretien ou même de débuter une TCC pour peu que tu y sois formé. De tout façon ce temps que tu passes avec le patient c'est une économie pour le psy, qui lui est demandé de toutes parts. Alors bien entendu il ne s'agit pas de faire n'importe quoi, il faut faire les choses en respectant quelques règles mais franchement si ça t'intéresse tu vas voir y'a matière...

Et la première chose sur laquelle Franck a insisté c'est le lien de confiance soignant-soigné.

Le lien de confiance est sacré. Il est ce qui nous unit au patient. S'il est de bonne qualité alors les échanges seront teintés d'honnêteté et le soin pourra se faire. Si au contraire la confiance du patient en l'infirmier est nulle alors rien ne se passera. Quand un lien de confiance est bon, il faut tout faire pour ne pas l’abîmer. Au contraire il est important de l'entretenir. J'ai un bon lien de confiance avec Jean-Michel, héritage probable de sa précédente hospitalisation. Comme il est enclin à discuter, je lui propose une série d'entretiens axés sur son histoire de vie. C'est pour le moi le début des entretiens motivationnels où mon objectif ne sera pas tant de connaître les moindre détails de sa biographie mais de mettre en rapport les éléments éprouvants de sa vie avec ses consommations d'alcool pour amener Jean-Michel à la conclusion que l'alcool est son ennemi et qu'un changement s'impose. En ça je suis grandement aidé la fracture qu'il présente à la main droite. Elle est la preuve objective que sa conso le met "dans de beaux draps". La deuxième preuve objective, bien que moins palpable, je la tiens entre mes mains: le bilan sanguin prélevé lors de son passage aux urgences est désastreux et montre une atteinte hépatique sévère. Ces deux éléments permettent déjà de poser les bases de notre travail. 

L'objectivité à ici toute son importance car le risque d'une subjectivité est omniprésent. Un discours jugeant ou confrontant fera assurément plus de mal que de bien. "Vous avez vu votre taux d'alcoolémie, votre foie est détruit aux 3/4, vous buvez beaucoup trop et je vous l'ai déjà dit combien de fois, vous n'avez plus le choix soit vous arrêtez soit vous allez y laisser votre peau!" ça c'est le genre de propos qui risque de braquer le patient, de rompre le lien de confiance et au final de le détourner du soin. A l'inverse, un discours comme celui qui suit à plus de chances de toucher le patient... enfin je l'espère...

"Il y a un truc auquel je crois c'est que les décisions que nous prenons pour nous, nous les prenons parce que nous pensons qu'elles sont bonnes. Je ne crois pas à la stupidité de nos décisions. Celui qui décide de s'enivrer jusqu'à perdre connaissance, je ne crois pas qu'il le fasse de façon stupide. Au contraire je crois qu'il le fait parce que c'est le seule solution pour anesthésier la douleur qu'il ressent. Même s'il sait que c'est mauvais et qu'il le regrettera le lendemain matin, il vide sa bouteille parce que sur le moment c'est l'unique solution pour surmonter l'insupportable et cela s'impose à lui. Je ne suis pas là pour juger ni pour accuser. Pourquoi en vouloir à quelqu'un qui cherche juste à apaiser une souffrance? Je ne sais pas les quantités que vous buvez et à la limite cela m'importe peu mais ce que je vois c'est que votre corps en ressent les effets, il montre des signes de saturation et ce n'est pas bon. L'observation clinique des premiers jours d'hospitalisation montre que vous avez sué à grosses gouttes, vous avez beaucoup tremblé aussi et puis votre bilan sanguin ne ment pas. Outre un taux d'alcoolémie très élevé, votre foie est fortement détérioré. Et puis il y a cette main. Vous seriez-vous cassé la main sans avoir consommé? Alcoolisé, vous me l'avez dit, vous devenez extrêmement impulsif alors qu'à jeun vous ne perdez pas le contrôle de la situation..."

Jean-Michel me parle de sa vie d'antan. Sa femme avec qui il buvait et qui lui foutait la gueule. Il me le raconte avec émotions. Pas facile pour un homme de reconnaître s'être fait cogner. Il me parle de cet enfant de moins de 2 ans qu'il a préféré abandonner à sa femme car il n'en pouvait plus des trempes et des roustes qu'il ramassait. Cette violence il ne l'a jamais raconté à un soignant. Seul son père était au courant. L'alcool l'a emporté. Sa fille âgée aujourd'hui d'une vingtaine d'années, il ne l'a jamais revu. Pourtant elle est sur facebook me dit-il. Alors il épie son compte jour après jour sans oser lui adresser un petit mot. Il me parle des ces boulots à la petite semaine qui n'ont jamais abouti à quelque chose de durable. Alors il s'est mis à dealer et malheureusement il était doué pour ce business. Des années de deal, pas le moindre sou épargné. Argent facile, argent trop vite claqué. La défonce encore et encore. Alcool bien sûr mais crack et héro aussi. La justice l'a rattrapé en plein vol et c'est en prison qu'il s'est posé. A sa sortie, après plusieurs années, il a vu ses amis tomber. Coup sur coup, deux potes, deux cadavres. Il les a vu et a pris sa grande décision. Dire stop à la drogue. Ne plus vendre, ne plus consommer. Et depuis il s'y est tenu persuadé que s'il poursuivait il serait le prochain à se balancer au bout d'une corde. Alors me dit-il c'est peut-être pas si grave à présent, j'ai fais le plus dur, j'ai arrêté l'héro, j'ai arrêté la coke. L'alcool, le tabac et le cannabis c'est que dalle à côté non? 

Ce déballage, cette histoire de vie me laisse un peu groggy. Je ne m'attendais pas à autant de galères. Ce n'est plus un patient que j'ai assis face à moi mais un être cabossé par des années à prendre des coups. Je ne sais pas trop comment reprendre la parole. Alors, bête et disciplinée, je tente  ce que Franck m'a enseigné, la valorisation.

- et bien bravo, vous êtes toujours là après tout ce que vous avez traversé, toujours debout. C'est formidable d'avoir arrêté ces drogues et ça me montre bien à quel point vous n'êtes pas cet "échec ambulant" que vous décrivez. Vous êtes bien plus que cela, vous êtes plein de qualités, de compétences et de forces. Vous avez mené un combat énorme contre ces drogues et vous l'avez gagné, ça montre bien que vous n'êtes pas n'importe qui. Alors pour répondre à votre question, je ne sais pas si  l'alcool, le tabac et le cannabis c'est que dalle, ce qui est sûr c'est que ces produits sont des drogues et qu'elles créent des dégâts chez ceux qui en abusent. Alors à quoi bon avoir vaincu héro et crack si c'est pour tomber au combat sous l'effet de drogue de moindre valeur... 

En addictologie "use et abuse" des tâches à domicile m'avait conseillé Franck. Ce sont des exercices qui permettent au patient de poursuivre sa réflexion entre deux entretiens. On dit "à domicile" quand les prises en charges se font en ambulatoire mais en ce qui me concerne travaillant au sein d'une unité d'admission, j'imagine qu'on peut dire "tâches à l'hôpital". L'idée est de ne pas faire retomber le soufflet de la motivation et d'amener le patient à réfléchir à sa situation. Trop souvent nous rencontrons des patients qui trouvent les journées à l'hôpital terriblement longues. Alors ces exercices permettent de mettre à profit le temps passé qui est certes long mais est aussi un temps à distance des problématiques du quotidien. Ce temps peut donc permettre l'émergence d'un regard neuf sur sa propre situation.

Avec Jean-Michel, qui se décrit volontiers comme impulsif et nerveux, j'ai été surprise de la voir adhérer à ces tâches avec autant d'engouement. Il faut dire que l'aspect scolaire de ces exercices peut parfois rebuter certain patients. Une aisance à l'écrit est aussi souvent requise ce qui laisse là encore certains patients sur le carreau. C'est donc aux soignants d'adapter les outils afin de ne pas mettre en difficulté les patients.

Pour Jean-Michel les outils utilisés ont été les suivants:

- le Questionnaire Audit-C qui en dix questions détermine si dépendance il y a,
- la Balance décisionnelle, outil souvent difficile à compléter mais qui aide à clarifier le désir de changement.

(Vous pouvez retrouver ces documents sur ma dropbox, ici  pour le questionnaire et pour la balance.)

Ici j'essaye d'insister sur la liberté du patient à s'appuyer sur ces outils ou non. Il ne s'agit en aucun cas d'un devoir à me rendre. Cela donne quelque chose du genre: "Cette balance décisionnelle, si vous la trouvez pertinente, remplissez là. Mais faites le pour vous et uniquement pour vous, ainsi vous le ferez avec un maximum d'honnêteté. Ne faites rien pour moi, ne cherchez pas à me faire plaisir.  Si néanmoins vous ressentez l'envie de me la montrer pour que nous en discutions, je suis ouvert. En revanche si vous souhaitez la conserver pour vous, je ne vous en tiendrai pas rigueur. De plus si vous avez besoin d'aide pour la compléter je suis à votre disposition."

En face à face lors des entretiens nous avons utilisé:

- le cercle de Prochaska et Di Clemente qui permet au patient de situer dans le processus de changement
- une grille excel de conversion en verres standards qui permet de comparer sa propre consommation avec les repères fixés par l'Organisation Mondiale de la Santé et évite ainsi le sentiment d'être jugé.
- le test MOCA, qui permet de repérer d'éventuelles atteintes cognitives.

(Retrouvez tous ces documents.
- la roue du changement ici 
- conversion en verres standards ici
- test MOCA, ici et les instructions ici)

Tous ces outils utilisés dans le cadre d'entretien motivationnels servent à faire émerger une attitude de changement. Étonnamment, alors qu'il disait que l'alcool n'était pas son problème premier, Jean-Michel est très demandeur. S'il me croise dans le couloir de l'unité, il m'aborde pour me demander "un nouvel exercice" et bientôt je sens qu'il est temps de passer à l'étape suivante. En effet après 2 ou 3 semaines de soins, Jean-Michel est à même de pointer l'alcool comme dénominateur commun à toutes les galères qu'il a traversé. Que ce soit sa vie de couple, sa relation avec sa famille, ses projets professionnels, sa vie tout court, tout est parti en vrille et en sucette à cause de la défonce. Et l'alcool était toujours là. En grosses quantités. Jean- Michelle reconnaît et use de termes forts "Je ne contrôle plus rien dans ma vie quand je suis ivre, c'est l'alcool qui me gouverne. Et comme je suis bourré presque tous les jours... voilà où j'en suis".

Ce constat n'est pas un constat de défaite amère, bien au contraire. C'est le rebond, le début du changement. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, rien n'est irrémédiable, vous pouvez le reprendre. L'alcool est une prison dont l'on cherche à s'échapper pour retrouver sa liberté. On ne parle plus d'addictologie mais de thérapie de la Liberté. Bim !

Je demande alors à Jean-Michel de prendre le temps mais de poser par écrit ce qui sera son objectif par rapport aux produits qu'il consomme. Deux jours plus tard il me montre sa feuille:

- Alcool: arrêt total
- Tabac: diminuer et continuer avec les patchs et les gommes à mâcher.
- Cannabis: pas de changement.

Et c'est là, alors que je découvre ses objectifs que je prends conscience du caractère féminin de son écriture. Cette belle écriture tout en arrondie et parfaitement lisible ne ressemble pas à celle que devrais avoir l'écorché de la vie que j'ai face à moi. Je regarde la feuille, je regarde l'écriture. Je lève les yeux et je regarde mon patient. Je vois sa main droite, je vois son bandage que j'ai pourtant refait à plusieurs reprises et je me dis qu'il y a un problème.

- Vous êtes gaucher Jean-Michel?

- Non

- .....

- Ah pour écrire, c'est pas moi, j'ai demandé à Françoise.



La semaine prochaine, nous découvrirons qui est Françoise, l'invitée mystère de notre prise en charge...

KissKiss
Suzie Q, une fiction autobiographique 


mercredi 14 février 2018

La faute à la tapisserie, épisode 1/3


A quiet smoke par Neil Moralee

A l'hôpital psy, nombre de patients vont et viennent. Les lieux, les équipes soignantes sont comme des repères auxquels se raccrocher quand tout fout le camp. Si vous me lisez depuis quelques temps vous avez déjà croisé Jean-Michel dans une chronique en deux parties intitulée "Impro+castor=Thérapie". Vous pouvez la retrouver ici et là !



Jean-Michel est revenu. Abîmé mais de retour. Cela faisait environ deux ans qu'il n'avait pas posé les pieds de ce côté-ci du monde, le monde des oubliés. Je l'avais connu pas bien épais, il nous revenait cachectique. Conséquence d'une rixe entre buveurs, sa main droite était couverte d'un large pansement.

Alors il s'est reposé et ça a duré 4 ou 5 jours. Notre mission première quand nous accueillons un patient alcoolisé est de l'accompagner pour que son sevrage au produit se passe de la meilleure des façons. Notre crainte est l'accident de sevrage plus connu sous le nom de délirium tremens. Pour l'alcoolique en sevrage c'est la pire des complications puisque elle peut conduire au décès, ce qui certes libère un lit, objet fantasmagorique ô combien désiré dans cette époque difficile que traverse l'hôpital public, mais fait râler le cadre du service, voire le cadre sup. Humour à froid... Alors on surveille et on évalue à intervalle régulier. Sans panique puisque cela reste une complication rare dès lors que la surveillance organisée est couplée à une benzo à demie-vie longue de préférence, diazépam pour ne pas le citer. Deux outils sont fréquemment utilisés par les services de soins pour mesurer les complications d'un sevrage: l'index de Cushman ou la grille Ciwa-ar. Si j'ai ma petite préférence pour le Cushman, le Ciwa-ar est quant à lui plus précis.

Je vous partage via ma dropbox la grille de Cushman: ici

Pour Jean-Michel le sevrage se passe bien. Il connaît le protocole mieux que certains soignants. Tension artérielle, fréquence respiratoire et cardiaque, sueurs et tremblements, rien ne lui échappe. S'il fait un peu la gueule, c'est parce que le doc lui refile du valium, lui qui aime un peu trop le seresta. Mais il comprend que sa dépendance à l'alcool est suffisante et que si on peut éviter de le rendre plus dépendant qu'il n'est ce sera déjà pas si mal.... 

Je vois Jean-Michel en entretien infirmier après 7 jours d'hospitalisation. J'me requinque tranquille me dit-il. Et c'est vrai qu'il a meilleure mine. Le sevrage physique est quasi terminé et je lui annonce que le gros du boulot peut commencer. Il me regarde avec un air perplexe, lui qui s'imagine déjà dehors, alors je lui explique ce qu'il connaît déjà trop bien. S'il n'y avait qu'une dépendance physique à l'alcool alors ce serait une pathologie plutôt facile à traiter mais voilà elle est bien plus complexe que cela. La dépendance est triple. A la physique s'ajoute la psychologique et la comportementale et pour les traiter pas de pilule miracle mais la nécessité de se retrousser les manches, de se mettre au travail et de devenir l'acteur principal de son rétablissement. Z'aviez rêvé de jouer le premier rôle, on vous le sert sur un plateau!

- Nan mais moi ça va... j'préfère sortir... j'ai plein de merdes à gérer dehors et franchement l'alcool c'est pas le premier de mes problèmes?
- Vous reconnaissez donc que c'est un problème?

- Non sérieux j'arrête quand j'veux. Non mais vraiment... D'ailleurs c'est pas tous les jours que je bois hein! 

Aux trans infirmières je suis traversée par de drôles de sensations. J'ai d'un côté l'envie de raconter en détail cet entretien, faire état à mes collègues du peu de motivation à l'arrêt de l'alcool exprimé par Jean-Michel et d'un autre côté j'aimerais faire de la rétention d'information car j'appréhende déjà un discours que je ne connais que trop. J'opte pourtant pour la première solution et dévoile l'entretien tel qu'il s'est déroulé. Et bien sûr il ne faut pas 30 secondes pour qu'une voix s'élève et dise "encore un qu'on ne va pas sauver" bientôt suivi d'un "ouais ben faut qu'il sorte. S'il est pas là pour se soigner, qu'il libère le lit."  

Je tente vaguement de faire de l'humour en disant qu'aucun lit n'a été kidnappé mais je ne suis juste pas faite pour la comédie alors je fais un gros plouf et tente de me rattraper en affirmant mon point de vue.

- C'est pas si simple dis-je. 

- Quoi? qu'est ce qui n'est pas si simple?

- Ben ça, là, le faire sortir parce qu'il n'a pas encore décidé de devenir abstinent. 

- Ben si au contraire ça me semble évident... Les bénéfices secondaires, le social, ça va... ça va un temps mais y'en a marre...

- Tu me dis que s'il n'a pas décidé de changer sa consommation autant qu'il sorte. J'ai bien compris. Moi ce que j'en dis c'est que cette indécision qu'il nous montre est au contraire au cœur de l'hospitalisation, elle est le sens même. C'est notre rôle d'amener Jean-Michel à évoluer et à prendre cette décision de changement. Tu sais c'est comme pour tout, pour une même scène qui se joue, il peut y avoir plusieurs lectures selon le prisme au travers duquel on regarde.

- Hein?

- Non ce que je veux dire, c'est que l'on connaît tous des gens qui ont arrêté alcool, tabac ou autres sans l'aide de personne.

- Oui j'suis d'accord, tu veux en venir où?

- Et bien pour d'autres c'est plus compliqué, ils ont besoin d'accompagnement. Et l'accompagnement c'est nous. Alors si nous, soignants, on ne croit pas au rétablissement du patient, comment crois-tu qu'il puisse s'en sortir? Si alors qu'il est démotivé par des années d'échec à tous niveaux, on lui renvoie par notre façon d'être avec lui, un message comme quoi même nous, nous n'y croyons pas, comment penses-tu que cela va se terminer?

- Et bien justement je n'y crois pas. Il n'a aucune motivation ton patient. 

- Oui, il minimise probablement ses conso mais avec le peu de défense qu'il lui reste il se maintient comme il peut au dessus de la ligne de flottaison. Pas évident de s'écrouler face à chaque interlocuteurs alors il tente vaguement de faire bonne figure. Bien sûr ça ne trompe personne et alors... S'il s'écroule il sera encore plus difficile à ramasser... Et pourtant il y a deux ans, lors de sa précédente hospit, crois-moi ou pas, je l'ai vu tenir des propos tout à fait authentique sur son besoin d'aide pour arrêter l'alcool. 

- Ouais ben il a bien changé ton patient...

C'est alors qu'intervient Franck. Franck c'est un peu mon super-collègue. Toujours bon pour dispenser une parole pleine de sagesse, arrondir les angles et comme aujourd'hui me sortir du bourbier dans lequel j'aime m'enfoncer.

- S'il te plaît arrête de dire à Suzie "ton" patient, c'est notre patient à nous tous. Par contre oui, oui, cent fois oui, il a changé je suis d'accord avec toi. Enfin pour être plus précis, c'est sa motivation qui a changé. Et c'est le propre de la motivation. La plus grande erreur que nous faisons pour nos patients addicts c'est de croire que leur motivation est un état figé, du genre motivé un jour, motivé toujours. Or c'est exactement l'inverse, la motivation est comme l'une de ces putains de courbes sinusales. tu vois le genre? Avec des sommets et des creux, elle n'est jamais stable. L'essentiel de notre rôle infirmier se situe sur cette courbe dans les phases descendantes ou au creux de la vague. Notre rôle est de relancer la motivation, lui donner le coup de fouet nécessaire pour qu'il se mette dans un processus de changement. Il y a des théories là dessus, c'est ce qu'on appelle l'entretien motivationnel. Mais même sans y être formée je suis sûre que tu peux en comprendre l'essence...

- Donc on répépète... La motivation est une courbe faite de haut et de bas, c'est bien ça?

- Tout à fait!

- Et tu dis que notre rôle est d'intervenir quand le patient est dans le bas de la courbe pour le remotiver.

- Il y a des outils, des grilles, des questionnaires qui existent pour ça. Et il y a surtout un état d'esprit et une façon de mener les entretiens. Ne pas juger, ne pas ordonner. Si déjà on s'en tenait à ça, les choses changeraient. Et puis on doit les valoriser et ce même sur des choses minimes car bien souvent leur confiance en eux-mêmes est tombée au niveau zéro. Des années d'échecs cumulés, ça n'aide pas pour croire en soi.  

- Mais c'est hard alors d'intervenir s'il n'y a aucune motivation et aucune confiance en soi.

- Mais personne n'a dit que ce serait facile. Évidemment si ton patient est hyper-motivé, en haut de la courbe, il est probable qu'il n'aura pas besoin de toi ou alors ton rôle sera pour le coup grandement facilité car comme disait Suzie quand quelqu'un est très motivé il peut réussir tout seul. 

- Ben je crois que je vais vous laissez faire... Tous les deux vous avez l'air d'y croire, moi ça va demander un peu de temps.

- Et bien utilise ce temps pour lire le livre sur l'entretien motivationnel de Miller & Rollnick et tu verras tu évolueras toi aussi. Sans rancune?

- Sans rancune va!


Comme Jean-Michel ne semble pas presser de demander sa sortie bien qu'il m'en ai parlé, je lui propose de poursuivre nos entretiens, ce qu'il accepte. "Après tout me dit-il, tant qu'à être enfermé ici, autant prendre un peu de temps pour parler." 


La semaine prochaine, nous verrons comment se déroulent les premiers entretiens et quels outils peuvent être utilisés en addictologie.

KissKiss
Suzie Q, une fiction autobiographique



vendredi 9 juin 2017

Ascodocpsy ou la voie royale de l'autodidaxie

par Han Cheng Yeh


C'est probablement ma plus grande crainte. La plus grande parce que c'est je crois la plus réelle, celle dont la probabilité de survenue est la plus élevée dans un avenir plus ou moins proche. Oh non n'allez pas croire que je vais encore me plaindre de ma condition, non il ne s'agit pas d'une angoisse individuelle, méa culpa je crois que j'ai déjà assez versé dans l'intime les semaines passées (ici par exemple). Non il s'agit d'une crainte que l'on pourrait qualifiée d'institutionnelle voire liée aux orientations nationale de politique de santé publique des années à venir (telle que je me les imagine  hein,  entendons nous bien, je n'ai ni scoop en la matière encore moins le don de divination!)

Trêve de suspens, ma crainte est celle de voir des postes infirmiers disparaître au profit d'autres métiers aux qualifications inférieures et ce pour des raisons budgétaires uniquement. Car même mal payé, un infirmier c'est toujours beaucoup trop cher! Surtout si - logique de direction - on peut obtenir un travail sensiblement identique pour bien moins cher! 

Moi je n'ai rien contre les aides-soignants, rien contre les AMP, ASH ou autres, bien au contraire. Dans un système psychiatrique aux rouages bien huilés, chaque corps de métier trouve sa place et tout fonctionne à merveille. Mais que se passe-t-il quand l'huile des ces même rouages à trop chauffer, finit par s'enflammer? Le mécanisme s'emballe, la psy part en vrille et chacun se doit alors justifier de sa position sur l’échiquier du système de soins. Je crois que nous en sommes là. Les notions de restructuration, de réorganisation et d'efficience, oui, d'efficience sont aujourd'hui archi-connues de tous les acteurs de ce système! Efficience: obtenir le maximum de résultats avec le minimum de moyens.

Je le redis ici: je n'ai rien contre les autres corps de métiers exerçant en psy. Ce sont des hommes, des femmes, des collègues, des professionnels que je respecte et qui ont assurément leur place sur l'échiquier mais qui à l'instar des IDE devront la défendre. Les aides-soignants l'ont bien compris et partout dans notre bel hexagone on voit fleurir des groupes de travail du genre "Comment intégrer les aides soignants dans le soin psychiatrique?". Les non-soignants sont également sur la sellette comme l'indique cette news que j'ai vu passer il y a peu de temps concernant l'hôpital de Strasbourg qui sous-traite avec une société privé les missions de nettoyage.

Je n'ai rien contre les autres professionnels mais je suis infirmière et j'écris pour défendre la spécificité soignante de mon métier. Je ne cherche pas le clivage mais en un article je suis capable de me mettre tout le monde à dos IDE inclus. Car si je dois être "remontée" contre un groupe bien spécifique ce serait contre le mien, contre les infirmiers. Alors il est probable que je ne me fasse pas d'ami sur ce coup-là mais peu importe... Puisque j'ai l'impression que nous, IDE, sommes en train de nous tirer une balle dans le pied, autant tenter à ma façon d'empêcher ce passage à l'acte auto-agressif! Et puis vive la - saine - polémique, c'est elle qui permet de faire évoluer sa pensée. Happy Polémik en quelque sorte et advienne que pourra.

J'ai déjà beaucoup parlé du concept de PMA pour Positive Mental Attitude. Pensez-vous que ce concept possède sa face sombre, son versant obscur? Allez moi j'y crois, je le nomme pMA avec oui un p minuscule pour pessimiste, soit in english por favor la pessimistic mental attitude à savoir la capacité à tout voir en noir, à oublier les (50?) nuances de gris.

Alors oui cet article est peut-être écrit sous l'influence de cette pMA. Cet article va aussi casser du sucre sur le dos des infirmiers alors que la réalité n'est évidement pas aussi sombre que ce que je vais décrire. Il n'empêche... 

L'une des clés qui garantira notre présence dans le système de soins psychiatrique est notre niveau de compétence. Si notre valeur ajoutée est reconnue de tous alors nous n'avons aucune crainte à avoir. Mais en revanche si cette valeur ajoutée spécifique à la psychiatrie n'est pas claire, si elle est mise en doute, si elle questionnée, alors il y a péril en la demeure. Puisque nous coûtons plus cher que d'autres métiers, nous devons apporter une compétence qu'eux non pas.

Quand j'émet l'idée que nous sommes remplaçables je reçois souvent comme réponse "oui enfin nous on fait les prélèvements et les soins somat'". Certes, je suis d'accord, la formation AS par exemple, ne permet pas la réalisation de ces soins. Mais si être IDE en psy se limite à réaliser des soins somatiques alors rien ne justifie une telle présence infirmière dans les services. Un seul IDE par roulement serait suffisant non? 

Quand autour de la table on se pose la question, nous sommes à peu près tous et toutes capables d'expliquer pourquoi nous n'avons pas fait le choix des soins généraux. La déshumanisation des soins, la sur-technicité, les rythmes inacceptables, l'absence totale de considération par les hiérarchies... Les explications sont multiples. En revanche quand il s'agit d'expliquer le choix de la psychiatrie c'est moins évident. Bien sûr il y a toujours autour de la table quelqu'un qui y va de son "on ne vient pas en psychiatrie par hasard"... mais encore... Excusez ma vulgarité, mais la pire des explications qui est malheureusement celle qui revient le plus souvent est "j'avais un bon relationnel alors j'ai choisi la psy... " Alors ça, ça me troue le cul! Ma mère à un bon relationnel, mon oncle et mon chien aussi! Moi aussi quelque part mon relationnel n'est pas mauvais, mais ce n'est pas ma compétence infirmière. C'est une qualité humaine ô combien indispensable, que l'on peut probablement développer et améliorer mais ce n'est pas une compétence spécifique.

Spécificité psy, compétences psy, tout cela revient à parler du rôle de l'IDE en psy, ce qui est l'objet même de ce blog. L'accueil d'un étudiant IDE en service psy est assez symptomatique du mal qui nous ronge! Je suis toujours effarée par ce que l'on attend des EIDE. "Tu vas pouvoir réaliser des prises de sang, t'inquiète tu auras tout ton temps ici, tu feras des électro, tu auras peut-être quelques pansements si on a la chance d'avoir une phlébotomie, et puis tu vas faire des IM" Wouah... boum, clouée sur ce coup là! Elle est là notre spé psy, je l'avais pas vue passée, on fait des IM !! Nourrissons-nous une forme d'infériorité face à nos collègues du général pour présenter notre métier sous un angle uniquement technique? Pourquoi ne pas s'attarder sur ce qui fait la richesse de l'exercice en psy? La connaissons nous d'ailleurs? (article éminemment subjectif il va sans dire...)

J'ai la conviction qu'il y a plus de technicité dans un entretien infirmier que dans une la pose d'une voie veineuse. L'entretien IDE est l'un des "geste technique" le plus complexe qu'il soit. J'en veux pour preuve que si l'on peut maîtriser la pose de voie veineuse jamais on ne maîtrisera l'entretien infirmier. On peut améliorer sa pratique, progresser, avoir des convictions mais de là à la maîtriser... Et paradoxalement pour technique qu'il soit, je le trouve bien peu valorisé. Pourquoi cela? J'y vois plusieurs explications. La première, nombre d'IDE ne sont pas à l'aise dans l'exercice de l'entretien alors il ne veulent pas trop montrer leur pratique aux étudiants. Ensuite nombre d'IDE sentent l'aspect technique de l'entretien mais ne savent pas trop l'expliquer. (Combien pourraient citer les 4 processus de l'entretien motivationnel ou les 6 attitudes d'écoutes de Porter?) Enfin, pire des explications, certains IDE ne différencient malheureusement pas ou si peu la pratique de l'entretien infirmier de la conversation avec Mme Michu...


Mon constat peut sembler amer mais ce qui est génial c'est que nous avons le pouvoir de changer cela! En effet si nous décidons d'élever notre niveau de compétence (ou simplement de l'affirmer) personne ne pourra contredire notre rôle. S'améliorer c'est se former. Bien sûr on peut apprendre en observant les autres, apprendre via nos propres expériences mais ce n'est pas suffisant. Il faut se donner des bases qui vont au-delà des apports initiaux de l'IFSI, un socle de savoir, développer des points de vue, des opinions critiques, connaître les théories du soin pour y adhérer ou pour les rejeter. Nous devons défendre des positionnements soignants, des projets de soins, non pas fondés sur nos émotions mais étayés par des modèles conceptuels. La formation est la base. Nous pouvons soit attendre qu'elle vienne à nous soit aller la chercher. Attendre que notre employeur nous finance une formation c'est encore une fois s'enfermer dans une positon d'asservissement face à notre employeur qui décide qui former, quand former et le sujet de formation. 

Je préfère être maîtresse de mon destin, ne pas attendre et m'autoformer. Ce qui m'amène au titre de cet article, la voie royale, celle qui a mes faveurs. I believe in autodidaxie, i believe in ascodocpsy

WTF? Là encore, trop méconnu est cet endroit parfois obscur, parfois caché au sein de l'epsm, relégué dans une pièce perdue, dans un réduit sans fenêtre (oui j'en rajoute un peu... c'est pour la dramaturgie du propos...) comme si on voulait empêcher le curieux de savoir, l'ignorant de s'instruire. Cette pièce c'est le centre de documentation de votre établissement. Elle peut sembler minuscule, les ouvrages peuvent apparaître comme anciens et quelques peu surannés et pourtant... Et pourtant oui ce centre est un centre. Un centre du savoir qui concentre bien plus que ce qu'au cours d'une carrière nous ne pourrions emmagasiner. Ce n'est pas un musée, c'est à la fois l'histoire de la psy, l'actualité et le futur réunis en même lieu. Comment est-ce possible? Ascodoc- fuckin' - psy man! Comment l'expliquer? Un regroupement d'une centaine de centre de documentations psychiatrique de France et de Navarre qui mettent en commun leurs ressources. Concrètement, tu bosses à Bordeaux par exemple et tu rêves de lire... euh... je sais pas... tiens si je sais, tu rêves de lire un Didier Pleux, tu rêves de lire "La révolution du divan"! Tu l'as vu sur Amazon mais bon t'es pas chaud pour te l'acheter... Et bien file sur le site de l'ascodocpsy, tu fais ta recherche sur la base santé-psy et tu obtiens ceci. So what? Un exemplaire à Ravenel, un autre à Montperrin, c'est pratique c'est juste à 865km pour l'un et 650km pour l'autre. Bon outre le fait que j'améliore ma géographie je vois pas bien l'intérêt de cela, ma pétrolette ne tiendra pas la distance. Au contraire c'est formidable car maintenant que tu as identifié ces deux exemplaires, il te suffit, soit de passer voir (si tu as vraiment un bon relationnel - lol - et aussi un bon sens d'orientation) la documentaliste de ton établissement, soit lui passer un appel téléphonique ou lui adresser un mail car ton établissement dans sa grande mansuétude l'a surement doté de moyens de communication modernes en phase avec son époque. La documentaliste se chargera alors de te procurer le dit document de façon absolument gratuite charge à toi d'en faire alors une lecture attentive et si possible d'en retirer quelques idées que tu pourras utiliser dans ta pratique quotidienne.... et donc in fine améliorer ta compétence!

Mais ascodocpsy ce n'est pas que ça! Tu peux aussi t'abonner à une newsletter pointue sur ton ou tes sujets de prédilections qui chaque mois t'apportera les liens vers les articles scientifiques récemment publiés. Une veille numérique géniale pour l'amélioration permanentes des pratiques. 

Si vous m'avez lu jusqu'à ces lignes, bravo! J'entends déjà poindre les critiques. "Ouais c'est bien d'avoir un savoir théorique mais notre métier n'est pas une accumulation de savoirs. Nous sommes au chevet du patient, là où la théorie fait moins la maligne. Le "prendre soin", l'empathie voire l'amour dans le soin, ne sont pas des compétences que l'on apprend dans des livres Suzie". Oui c'est un point de vue qui se défend mais ce n'est pas le mien. Ce que je pense c'est que se détacher de l'approche théorique pour voler de ses propres ailes n'est possible qu'à condition de l'avoir cette putain d'approche théorique. A l'heure actuelle combien de soignants en psy sont capables de citer les deux topiques de Freud et combien savent qui est Carl Rogers? Et bien pas tant que ça je le crains. Et je ne parle que de deux références de base...  Vous trouvez cela exagéré? Alors faites un tour de table en fin de transmissions auprès de vos collègues, demandez leur quels auteurs influencent leur pratique? De qui s'inspirent-ils? 

Pour aller plus loin dans mon propos je vais rédiger deux ou trois articles qui illustreront mon propos et qui seront publiés sur le blog dans les jours, semaines à venir. 

Merci pour votre lecture attentive,
KissKiss

Suzie Q, une fiction autobiographique.






vendredi 18 septembre 2015

#13 - impro + castor = thérapie... épisode 2!


@Bon Adrien
https://www.flickr.com/photos/derfokel/


Avant de lire cette chronique, mieux vaut avoir lu la précédente, ça se passe par ici:


S'ils ne se sont pas croisés 20 fois dans la journée ces deux là, on en est surement pas loin... Jean-Michel, du coin de l’œil, lui jette parfois quelques regards mais sans jamais oser lui adresser la parole. Comme s'il attendait que ce soit Franck qui prenne les devants. Mais Franck à une stratégie, il n'en changera pas

Et puis, c'est peu avant le dîner que Jean-Michel vient à la rencontre de Franck. Dans le couloir du service, il l'interpelle. Il dit se sentir faible et demande à ce qu'on lui prenne sa tension. Franck ne croit pas vraiment à cette histoire de tension mais il prend néanmoins la demande du patient au sérieux en le fait entrer dans la salle de soins.

Avant d'aller plus loin, il faut que je vous parle de Franck. Franck pourrait être une caricature de l'infirmier en psychiatrie. Cette caricature que l'on voit dans les films dès lors que l'on filme une agitation dans un service psy. Grand, costaud et avec un regard si noir et pénétrant qu'il lui suffit de lever les yeux pour mettre un terme à toute velléité de jouer avec le cadre institutionnel. Son regard à même eu raison de plus d'une crise clastique. Mais dès lors qu'il parle, c'est un autre infirmier que l'on découvre. Chacune de ses paroles, chacune de ses syllabes est chargée d'un telle empathie qu'il ne peut tromper son monde: cet homme est un soignant, il n'a rien d'un vigile ou d'un gardien de fous! Alors, si certain le surnomme la masse au vu de son quintal et demi moi je n'y vois qu'un modèle... Ce niveau d'empathie qui ne contient jamais la moindre once de condescendance pourrait laisser penser que Franck à 20 ans de métier. Or il n'en est rien, je crois savoir que cela fait à peine 5 ans qu'il est DE. Et pourtant, de toute l'équipe, c'est lui ne cesse de m'impressionner par sa capacité à, à la fois apaiser les situations de crise et à recueillir les confidences de nos patients grâce à sa bienveillance naturelle.

Je suis dans la salle de soins quand il y entre avec Jean-Michel. Je suis occupée à rincer les plateaux et le petit matériel qui trempent depuis le matin dans le bac de désinfection. J'hésite à sortir mais d'un simple regard Franck me fait savoir que je peux rester. Jean-Michel s'installe sur la table de consultation et Franck lui passe le brassard autour du bras droit. Et tandis que le dynamap fait son boulot, Jean-Michel demande alors à Franck "et donc vous pensez que je peux m'en sortir de ce merdier dans lequel je suis?" 

- ce que je pense on s'en fiche peu non? lui répond Franck. Par contre, vous, ce que vous pensez, c'est important. Vous avez les cartes en main, vous pouvez changer les choses, nous on est là que vous accompagner dans ce changement.

- d'accord, mais je sais pas par où commencer...

- c'est normal que tout soit confus dans votre tête, ça vous fait combien d'hospitalisations pour sevrage?

- pfff.... je compte plus! des dizaines...

- l'histoire se répète on dirait.

- c'est à dire?

- Vous arrivez toujours sur le même mode, fortement alcoolisé mais avec un discours déterminé pour vous en sortir. Et puis après quelques jours à vous requinquer, vous demandez votre sortie et à peine dehors vous reconsommez jusqu'à la prochaine hospit.

- ben oui, putain d'alcool, c'est plus fort que moi... et puis je suis bien nulle part!

- j'en conviens, mais voilà soit vous faites le choix de poursuivre ainsi et vous multiplierez probablement les épisodes de sevrage soit vous entamez à présent un travail pour changer.

- Mais je les prends moi les comprimés valium, seresta, xanax, je fais tout ce qu'on me dit de faire et ça marche jamais!!

- Ce que venez de dire est très intéressant Jean-Michel.

- Comment ça?

- et bien vous venez de dire "je fais tout ce qu'on me dit de faire"

- oui c'est vrai, et alors?

- et bien c'est une partie de votre problème.

- ...?

- Vous faites ce qu'on vous dit de faire, sans jamais vraiment vous impliquez dans votre thérapie. Mais merde Jean-Michel ça ne vous dirait pas de jouer le premier rôle de votre vie plutôt que d'en être un simple figurant ou spectateur! Ces comprimés que vous prenez depuis des années, êtes vous en mesure de m'expliquer pourquoi vous les prenez?

- J'en sais rien, moi j'fais confiance...

- Et c'est super, c'est la base du soin! Mais nous on a besoin que vous soyez un acteur de votre prise en charge. On ne vous aidera pas sans une participation active de votre part!

- et je fais quoi?

- vous voyez ce que vous venez de faire tout à l'heure en me sollicitant et bien c'est la bonne façon d'agir. ça peut vous sembler bête mais il y a une différence majeure entre le fait que ce soit moi ou l'un de mes collègues qui vienne vous voir ou que ce soit vous qui veniez nous demander un entretien. C'est ça être acteur.

- Je suis pas venu pour un entretien je suis venu pour ma tension...

- Oui et l'on sait vous et moi que vous n'avez aucun problème de tension... Et puis c'est vous qui avez ensuite repris notre conversation où elle s'était arrêtée hier soir.

- Et donc, si je suis acteur de ma vie comme vous dites, ça va allez mieux.

- C'est pas aussi simple mais déjà, en nous sollicitant, en posant des questions, vous n'aurez plus l'impression de subir les soins, vous allez y participer ce qui veut dire vous serez partiellement responsable de chaque victoire comme de chaque échec. 

- je suis pas sûr d'en être capable...

- Essayez, de toute façon vous n'avez rien à y perdre.

- Mais je fais déjà des efforts vous croyez que c'est facile quand on est dans le merde de se pointer aux urgences et de demander à se faire hospitaliser. C'est la honte.

- C'est vrai, j'imagine que ce sont des sentiments difficile à affronter...

- et comment, ils me connaissent tous là-bas. T'arrive, ils te rient au nez, t'adressent à peine la parole si ce n'est pour te dire "Alors encore bourré, Jean-Mich".

- Je n'ose pas imaginer à quel point ce doit être douloureux... Il n'empêche que dans ces moments là vous trouvez la force d'être un acteur de votre vie, de vous levez et de dire stop, de venir aux urgences alors que vous savez d'avance que cela va être difficile.

- Pas le choix quand on est au bout du rouleau...

- Peut-être mais cette force que vous avez dans ces moments là, il faut la conserver. Parce qu'ici, c'est l'inverse, quand vous arrivez, vous vous abandonnez complètement aux mains de l'équipe. On pourrait vous faire avalez n'importe quoi... La lutte contre l'alcool est comme l'ascension d'un immense escalier dont la première marche serait très haute. Alors vous vous trouvez la force de gravir cette première marche et ensuite au lieu de poursuivre votre ascension vous vous effondrez et attendez que l'on vous porte sur nos épaules... Mais ça ne marche pas comme cela, l'escalier de l'abstinence c'est à vous le gravir.

- un putain d'escalier hein?

- ouais un escalier Jean-Michel.

- Je crois comprendre ce que vous voulez me dire.

- Alors c'est super,

- Bon on va peut-être en rester là pour aujourd'hui, ça va être l'heure de passer à table.

- ça marche. et si vous voulez qu'on aille plus loin...

- j'viendrais vous voir!

Jean-Michel s'en alla et sans rien dire Franck rangea le dynamap en prenant bien soin d'enrouler les câbles. Avant qu'il l'éteigne je jetai un œil sur l'écran digital. Celui-ci indiquait 127/93 et une fréquence à 79 mais de ces chiffres, on se fichait éperdument...