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mercredi 30 août 2017

The Guard, un film de Peter Sattler.




Cela faisait longtemps que cela me trottait dans la tête. A chacun de ses nouveaux films les critiques du Masque et la Plume d'Inter pourtant souvent partagés étaient unanimes à son encontre: elle irradiait les films par sa présence, son naturel, son talent d'actrice. Elle c'est Kristen Stewart, star planétaire grâce au célébrissime Twilight. Comme je n'ai pas vu ce film, cette actrice était une illustre inconnue pour moi. Mais au vu du dithyrambisme de ces critiques, il me fallait mettre à jour ma culture ciné. Après le très beau Sils Maria d'Olivier Assayas, je décidai de regarder The Guard.

Alors si j'ai choisi d'en parler ici, sur ce blog absolument pas consacré au ciné, c'est parce que ce film c'est l'histoire d'une empathie.

Première raison de le regarder: un film qui nous plonge au sein de l'armée US et du camp de Guantanamo sans jamais montrer une arme, une explosion, ou encore une scène d'action c'est non pas rare mais carrément inédit à mon avis.

Point numéro 2, ce film qui n'en parle absolument pas m'a signifié à quel point la position de soignant est mille fois envisageable à celle d'un militaire.

Difficile en effet de regarder ce film en faisant abstraction de mon métier de soignante.

Kristen Stewart, jeune militaire américaine, débarque à Guantanamo pour surveiller ces soi-disant terroristes tous pointés comme co-responsables du 11 septembre et à ce titre traités de la manière la plus abjecte qu'il soit. Rapidement on apprend que ces personnes sont des détenus et non des prisonniers, nuance essentielle, car un prisonnier implique un traitement conforme à la convention de Genêve, tandis qu'avec un détenu, c'est la fête, on peut tout lui faire subir! Mais sur place elle va s'aperçevoir que le monde ne se divise pas entre les bons et les méchants comme voudrait nous le faire croire les adeptes de la pensée simpliste.

La pauvre Kristen va progressivement nouer une relation avec un détenu, relation qui va lui poser des problèmes avec sa hiérarchie.

Ce que nous montre ce film c'est à quel point se poser des questions est dangereux quand on est militaire. La seule façon d'évoluer dans ce monde kaki, est d'accepter le monde binaire qu'on nous présente et surtout ne jamais ô grand jamais se poser de questions.

Quant à sympathiser avec un détenu, ou simplement lui témoigner de l'empathie, c'est là un acte quasi-subversif qui semble incompréhensible par la majorité des militaires.

Celui qui a la malheur de ne pas s'acclimater à ce moule de la pensée réduite doit affronter ses questionnements tout seul. Ainsi on apprend qu'un des gardiens d'une autre aile a tenter de se suicider. Ses doutes sur les pratiques du camp l'ont poussé à ce passage à l'acte. Ce qui est terrible dans cet univers c'est qu'il ne semble exister aucun lieu de parole. La souffrance est tue, les doutes sont chassés, les interrogations sont perçues comme menaces. Alors celui qui a le malheur de sentir sous le discours officiel, un simili d'arnaque à la pensée, qui a la malheur de vouloir comprendre, raisonner, intellectualiser, et bien celui-là devra avoir un caractère de champion s'il ne veut pas sombrer.

Car quand le doute s'immisce, comment accepter ces enfermements abusifs, ces libertés réduites, ces droits de l'homme bafoués?

Kristen Stewart aka Amy Cole vient d'une minuscule bourgade des USA et cherche un sens à sa vie. Ce qu'elle aurait dû savoir avant de s'engager c'est que l'armée US ne donne pas de sens mais donne à voir le monde selon un prisme choisi et qui ne s’embarrasse pas avec les détails et les teintes de gris: le monde est en noir et blanc, "il n'y a qu'une vérité c'est nous qui l'écrivons". Si elle avait su cela Amy Cole aurait pu choisir une carrière d'infirmière en psy. Sa quête de sens, son empathie auraient trouver meilleur accueil. Les temps de parole soignants même s'ils ont tendance à se réduire à la façon d'une peau de chagrin sont encore aujourd'hui considéré comme essentiel à notre pratique. Enfin en dehors de ces temps officiels, un soignants trouvera toujours - enfin je l'espère - une écoute auprès de l'un de ses collègues pour exprimer ses doutes, ses réserves, ses craintes, ses questionnements. Et contrairement à ce qui semble se passer au sein de l'armée, ces questionnements sont la plupart du temps bienvenus car contributifs au raisonnement clinique.

Il est assez fréquent de croiser des collègues qui après une première carrière dans l'armée ont fait le choix de devenir infirmier. J'ai hâte d'en croiser un et de le questionner: se taire dans l'armée est-ce un réalité? Cela leur a-t-il peser? Cela a-t-il justifier leur choix de devenir IDE? Et le choix de la psy? Ont-ils soufferts d'une forme de solitude au sein de l'armée Française?

Et vous qu'en pensez vous? Des témoignages?


KissKiss,

SuzieQ, une fiction autobiographique




vendredi 29 janvier 2016

# y'a pas que la psy - janvier 2016

Mes coups de coeur de janvier:



1- The Hateful Eight de Quentin Tarantino. Face aux critiques qui s'abattent sur son dernier film, je vous le dis, ce film s'adresse prioritairement au "true" fans du QT. Ce film est avant tout un nouvelle version de son Reservoir Dogs transposé ici dans le far-west. Un huis-clos comme une pièce de théâtre ou comme toujours chez QT on jacasse beaucoup avant de faire parler la poudre. Certains ont trouvé ce film ennuyeux car trop long et déplaisant par son sérieux et son manque d'humour et bien pas moi. Les 2h45 étaient presque trop courte, j'avais envie que cela dure encore un peu plus... Quant au manque de second degré et bien là non plus je ne suis pas d'accord. Outre la tournure grand guignol que prend le film sur sa dernière demie-heure il y a les inséparables - au sens littéraire du terme - Kurt Russel et Jennifer Jason Leigh qui forment un duo comique génial! Lui chasseur de primes limité en matière grise et elle criminelle déjantée sur laquelle pleuve les coups... Ce qui m'amène au casting: quel bonheur de retrouver ces acteurs: Tim Roth, Samuel L Jackson, Michael Madsen appartiennent depuis longtemps au crew de QT! Quant à Jennifer Jason Leigh, elle trouve ici le meilleur rôle de sa carrière. Franchement j'ignorais qu'elle avait autant de talent! Et face à tout ces hommes virils, elle impose son jeu et pousse même une magnifique petite chansonnette. La révélation de ce film est Demian Bichir qui interprète Bob le mexicain. Quel rôle et quelle voix! Car oui ce QT comme les autres doit se voir en VO pour mieux apprécier les énormes voix de Bichir et Madsen! Ah oui dernier détail si vous n'aimez pas le sang, n'entrez pas dans la salle. Mais bon si comme moi vous êtes IDE c'est que vous devez forcément aimez un peu le sang, non?



Allez au final mon point de vue sur toutes ces critiques négatives que j'ai entendu et que corrobore la note de 69/100 qu'obtient le film sur metacritic. QT est un fan de cinéma bis, de ciné de genre et c'est ce qu'il fait. Le hic c'est qu'il est trop talentueux et son cinéma qui ne devrait être vu que par des cinéphiles passionnés de "mad movies" est exposé au plus grand nombre. Mais cela n'en fait pas pour autant  un film triple A!  Ce n'est pas du ciné à Oscar mais bien de la grande série B, de luxe certes, mais de la série B. QT est un auteur (il est scénariste + réal), fait du ciné d'auteur, spectaculaire il est vrai, et à ce titre ne peut plaire à tous. Il n'empêche qu'après 8 films, on a là une oeuvre unique où chose rare à Hollywood, un réalisateur talentueux ne s'égare pas dans toute sorte de projets plus ou moins bons vendus par des studio avide de prendre du cash au détriment de l'art. QT est maître de son cinéma, il n'est pas là pour nous plaire, c'est nous qui sommes là pour l'aimer, pour nous y adapter. J'admire et j'adore, oui je suis une true fan! 

Mon seul bémol concerne l'interprétation de Walton Goggins dans le rôle de Mannix, soit disant futur shérif. Un rôle de premier plan pour un interprète qui ne l'est pas. Steve Buscemi aurait été énorme dans ce rôle... mais ça, ça restera dans mes rêves...





mardi 5 janvier 2016

# y'a pas que la psy! décembre 2015


Ce que j'ai kiffé au mois de décembre!



Vernon Subutex Tome 1 par Virgine Despentes

Bordel, il m'aura fallu attendre décembre pour lire mon livre de l'année... Quelle claque! Sur mon compte Babelio il est rare que j'attribue 5 étoiles à un livre mais là si cela était possible je lui en mettrais 6... Une galerie de personnages, aussi abîmés les uns que les autres. Les marginaux, les trans, les actrices porno, les clochards, les sniffeurs de coke, les couples bobo, tout ce que notre société produit de plus succulent, s'est donné rendez vous autour de Vernon Subutex ex-disquaire en chute libre. ça balance dans tous les sens, chacun en prend plein sa tronche, c'est écrit magistralement, chaque phrase est habitée par une puissance qui fait parfois penser à du Bret Easton Ellis. Plus qu'un portrait d'une génération, c'est celui d'une époque, celui de Paris 2015, du Tom Wolfe version Punk. Une oeuvre crue, sans concession, profondément hardcore, ultra référencée rock, écrit avec les tripes! à mon humble avis, ce qu'elle a fait de mieux avec King King Théorie!






Sukkwan Island de David Vann. Un très beau livre paru en 2010. Où l'histoire d'un homme qui décide de tout quitter pour partir vivre en Alaska. Il y amène son fils de 13 ans mais oublie son guide du comment survivre en milieu hostile... J'ai beaucoup aimé ce livre, pas évident à lire tant le héros est un personnage antipathique et médiocre auquel il est bien difficile de s'identifier. Et puis il y a cette scène à la moitié du roman qui a fait couler beaucoup d'encre en raison de son caractère violent et que rien ne prépare, moi j'ai trouvé ça très pertinent! Alors si vous aussi vous envisagez de tout plaquer car vous n'arrivez plus à affronter votre quotidien, ne jouez pas les héros, lisez le livre avant de partir et ça devrait vous calmer... Bon je dis ça avec humour, mais ne vous y fiez pas, le livre n'en dispense aucun. C'est noir, très noir, ça suinte la misère, la dégringolade, la lente progression vers le drame, la chute, le cauchemar éveillé et non pas la moindre blagounette pour égayer tout ça... 









D'après une histoire vraie de Delphine De Vigan. 
Au préalable il me semble indispensable d'avoir lu "Rien ne s'oppose à la nuit" tant ce nouveau roman en est le point de départ. Très bon livre, très justement récompensé qui au détour de sa trame scénaristique nous livre de nombreuse considérations et réflexions sur la littérature entre autre. De Vigan joue encore sur la confusion du réel et de l'imaginaire et laisse volontairement planer le doute. Étonnamment pour un livre de littérature Française les références le plus proches sont le Misery de Stephen King et le Fight Club de Chuck Palahnuik. 







vendredi 11 décembre 2015

# 30 - Augustine, un film d'Alice Winocour


Difficile d'échapper à ce film pour une infirmière en santé mentale. Même si aujourd'hui, l'hystérie à disparue des classifications modernes internationales, son VRP, Jean Mart' reste une figure incontournable de la psychiatrie. Et si la grande hystérie telle qu'il la décrivait est aujourd'hui rare, les symptômes hystériques sont quant à eux encore aujourd'hui cités dans nombre de prise en charge.

Ce devait être lors de ma première semaine en service d'admission: alors que je passais la porte du service, une jeune femme était allongée juste devant moi dans le couloir central. Je l'observai un bref instant, imaginant qu'elle venait de faire une chute, mais alors que je m'apprêtais à intervenir, un détail me frappa. Alors que le couloir était loin d'être désert, il y avait à la fois des soignants et des patients, personne n'intervenait. Je m'avançai néanmoins vers elle pour vérifier de quel maux elle souffrait quand un collègue me fit signe et me suggéra de ne pas intervenir. à voix basse il me dit quelque chose comme cela:

- laisse tomber, c'est une hystéro, ne vas pas la voir, ça donnerait du crédit à tout son cinéma.

Ainsi tout le monde était familier de ces crises d'hystérie et personne n'en faisait plus cas. J'écoutai mon collègue et quelques minutes plus tard, la jeune femme était à nouveau debout et ne semblait souffrir d'aucune gêne consécutive à sa chute. Les jours suivants ces épisodes se reproduisirent à plusieurs reprises et j'eux même la chance de voir cette jeune femme s'allonger d'elle-même au sol dans un geste ô combien théâtral. C'était une mauvaise actrice, un histrion au sens étymologique du terme, et c'est surement à cette piètre qualité de jeu que l'on pouvait distinguer qu'il s'agissait de théâtre et non d'une réelle chute.

J'étais donc très impatient de voir ce film dont je n'avais entendu que du bien. Pour qui s'attend à un biopic de la vie de Charcot, c'est loupé. Non ce n'est pas l'ambition de ce film. Le film s'appelle Augustine et non pas Jean-Martin. Le film d'Alice Winocour s'intéresse à un moment important de la vie de Charcot, sa prise en charge de cette patiente dénommée Augustine avec qui il entretiendra des relations dépassant le cadre strict de la relation soignant-soigné pour bifurquer sur quelque chose de l'ordre du désir érotique.

Avec ses leçons à la Salepetrière, Charcot livre une version old-school des castings du cours Florent! à qui le grand prix de la grand hystérie? Ici c'est Soko qui truste le prix grâce à son excellente interprétation d'Augustine. Un rôle loin d'être évident qui oblige à des scène de simulation intense (cf scène de la simulation du viol entre autre). Donner vie à ces leçons de Charcot est l'une des grandes réussite du film. 

une leçon clinique à la Salepetrière par André Brouillet
Ces scènes nous permettent de découvrir les enjeux et buts poursuivis par Charcot et notamment sa quête de reconnaissance par ses pairs. Charcot nous convie via la mise sous hypnose de ses patientes à assister en live à ces crises d'hystérie qu'elles vont reproduire face à un public toujours plus nombreux. Car ce spectacle à quelque chose de stupéfiant et fascinant et devient à Paris l'événement à ne pas manquer! C'est d'ailleurs ce spectacle qui est à l'origine du film comme le confiait la réalisatrice lors d'une interview:

"Le tableau d’André Brouillet Le Docteur Charcot à la Salpêtrière qui représente des hommes habillés en costume trois pièces regardant une femme comme un animal traqué. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de très violent dans cette situation ; des hommes habillés et une femme presque livrée en pâture. Cette atmosphère sulfureuse de la Salpêtrière, ce mélange du côté médical et l’érotisme latent derrière l’alibi médical m’a fascinée. "

Pour qui voudrait s'intéresser à l'hystérie, ce film est une bonne introduction. La première scène du film est particulièrement palpitante grâce au travail de précision et de méticulosité fait par la réalisatrice. La crise d'hystérie est décomposée dans ses moindres signes et l'on ressent l'angoisse à laquelle est confrontée la malade. Si la théorie de l'utérus, perçu comme un petit animal en mouvement, n'est pas évoquée, c'est bel et bien une maladie de femme qui est montrée ici. La clinique que nous montre Winocour comporte: paralysie, trouble de la sensibilité, troubles visuels, évanouissements, modification de l'état de conscience, contractures musculaires, crise épileptiques, agitation, crise tétaniforme et aussi érotisation des rapports. Bonne introduction mais pas plus. Car ici on se cantonne au travail descriptif de neurologue élaboré par Charcot et non pas à l'interprétation psychanalytique qu'en fit Sigmund Freud alors élève de Charcot. Ainsi il faudra pousser ses recherches un peu plus loin si l'on souhaite s'attarder aux notions essentielles de névrose et de conversion psychiques.

Hystériques sous hypnose à la Salpétrière par D.M. Bourneville et P. Régnard (1876-1880)

Si l'hystérie a aujourd'hui officiellement disparue des DSM et autres CIM, au profit de troubles de la personnalité histrionnique ou troubles somatoformes, c'est bien le terme hystérique qui est encore utilisé dans les salles de réunion. Si on ne l'écrit plus, on n'hésite rarement à l'employer à l'oral. Malheureusement ce terme renvoie à quelque chose de négatif, à une simulation de maladie avec pour les équipes soignantes le risque de passer à côté d'un réel problème somatique.

Si l'envie de vous replonger dans l'iconographie du fin 19ème vous intéresse, je vous invite à visiter cette banque d'image qui en offre de magnifiques à l'instar de celle-ci: 


Pour finir la bande annonce du film:






vendredi 4 décembre 2015

# y'a pas que la psy - novembre 2015

1- La canaille. Oh mais quel album, juste incroyable. Ce qu'on appelle du rap-conscient je crois. Alors ok on est dans la rubrique "y'a pas que la psy", mais autant vous le dire il y a un morceau qui y fait quand même écho. Il faut ABSOLUMENT regarder cette vidéo, pour y voir la performance habitée de Lazare dans la chanson Omar avec Serge Teyssot-Gay rescapé de Noir Désir. Une merveille, à voir et à écouter.



1- Soko. C'est grâce au film Augustine, récemment chroniqué sur ce blog que j'ai découvert la chanteuse Soko. Alors que je n'avais jamais entendue parler d'elle, j'ai été étonnée de constater qu'elle jouissait d'une popularité importante. Je m'attendais à une enième chanteuse pop à la mode, j'ai découvert une chanteuse à l'univers singulier. Son dernier album "My dreams dictate my reality" avec ses accents cold-wave et sa tonalité qui fait penser au meilleur de Cure m'a très agréablement surpris.




2 - Revival. Chaque année c'est pareil, il y a les livres que je lis tout au long de l'année que j'aime un peu, bof, moyennement, pas trop, beaucoup, vachement etc... Et puis il y a le King, qui porte décidément bien son nom. C'est bien simple j'ai aimé de façon inconditionnelle toutes ses dernières œuvres de 22/11/63 à Joyland en passant par Mr Mercedes et maintenant Revival. Ici on suit le parcours d'un homme depuis son enfance dans les années 60 jusqu'à nos jours. Sa rencontre avec un révérend, pasteur, homme de foire, prédicateur mais surtout illuminé d'électricité. On parle de réhabilitation et de reconstruction post- dépendance à l'héroïne et de techniques de guérisons empruntant autant à la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rtms) qu'aux spectacles de magie dans les fêtes foraine. C'est bon, très bon et le final est juste superbe bien qu’extrêmement angoissant. C'est bien simple les derniers chapitres m'ont donné l'impression de plonger dans le paneau droit du Jardin des délices, le tryptique de Jérome Bosch. 



4- Enfin je l'ai vu... Le Django Unchained! Et maintenant je rêve d'un biopic réalisé par Quentin Tarantino himself sur la vie Jean Baptiste Pussin. C'est vrai y'a pas que ce bon Dr Schultz qui libéra Django de ses chaînes, il y a aussi de ce côté de l'Atlantique Jibé Pussin qui fit la même chose avec les aliénés de Bicêtre et de la Salpétrière... 
ça donnerait quelque chose comme ça, accompagné d'une belle voix grave comme seule Hollywood en connaît:
 "Matt Damon is Jean Baptiste Pussin"
- Excusez moi Dr Pinel... désolé de vous déranger...
- WHAT?
- Alors c'est juste une suggestion, ne vous énervez pas?
- WHAT?
- Alors voilà, ça va vous semblez débile j'en suis sûr et parfois moi-même je me demande où je vais chercher ces idées originales voire foldingue...
- WHAT?
- Oui, oui, oui, j'y viens... Les fers, bon, on connaît le système, solide, fiable, froid, efficace. Alors je me suis dit pourquoi on ne retirait pas ces fers de nos fous?
- WHAT?
- oui je m'en doutais vous trouvez ça stupide? Non mais faut voir les choses dans leur globalité? On restera à proximité pour qu'ils ne s'échappent pas et on ne va pas les retirer aux plus énervés d'entre eux. 
- SO WHAT?
- Ben si vous voulez ça va nous permettre de passer l'antirouille sur nos fers parce que question entretien on est pas au top... Et puis, ils ont les mollets et les pieds dégueulasses on peut pas laisser ça comme ça... ça fait mauvais genre, non faut qu'on les soigne un minimum non?  
- I DO NOT FUCKING KNOW?
- Ecoutez visiblement l'argument de la contagion des qualités du fer par contact avec la peau du malade n'a pas fonctionné. Ils n'ont choppé aucune des qualités sus-cités. Regardez ils sont toujours aussi faibles et chauds bouillants. J'parle même pas de leur fiabilité et de leur efficacité car là ça laisse carrément à désirer. Alors tentons le retrait des chaînes pendant quelques heures et observons ce qui se passe.
- OK DO IT NURSE PUSSIN.
- Merci Doc, par contre pourriez vous arrêtez de parler Anglais, z'êtes aussi Français que moi. 
En salle Soon, le nouveau Tarantino:
INSANE UNCHAINED


mardi 10 novembre 2015

# - y'a pas que la psy - octobre 2015

C'est vrai il n'y a pas que la psy. Alors entre mes 35 heures hebdomadaires et le temps consacré à la rédaction de ce blog, voilà ce que j'ai aimé en octobre:

1- Lontano, le dernier polar signé Jean Christophe Grangé. C'est à mon sens le meilleur auteur de polar contemporain, loin devant tout le monde. Dommage que sa recette - efficace - soit la même depuis des années. C'est bon mais on est tellement en territoire connu que cela manque de fraîcheur voire de suspense. Un impression de déjà vu. C'est vrai ce billet s'appelle "y'a pas que la psy" mais comme souvent chez Grangé, la psychiatrie est au coeur de l'intrigue. Ici on parle d'UMD et de St Anne. Un infirmier psy est même au centre de l'intrigue. Malheureusement Grangé entretient l'idée que la psychiatrie serait avant tout un lieu de détention et non un lieu de soin.


2- Blancanieves. Si vous aimez les Freaks ambiance Tod Browning, vous risquez d'adorer ce film espagnol, hommage au cinéma muet en noir et blanc. Une variation très réussie sur Blanche Neige et les 7 nains. Vu sur Arte en octobre.



3- Sicario. La bombe cinématographique du Québécois Denis Villeneuve. Un film dur, un film mûr, un film adulte. Superbe premier rôle féminin pour Emily Blunt. Dans le genre rien de vu de mieux depuis Zero Dark Thirty. Un son venu d'outre tombe, des scènes d'anthologies, un grand film qui méritait la Palme d'Or à Cannes.





4- The libertines. Beau retour sur le devant de la scène rock pour le groupe de Pete Doherty. 







mardi 20 octobre 2015

# 22 - Le locataire de Roman Polanski



C'est l'histoire d'un passage à l'acte, d'un passage à l'acte inéluctable. Du genre qui aurait nécessité une hospitalisation d'urgence. Mais ici, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Non ici on ira jusqu'au bout, jusqu'à ce que sa fasse mal. Ce passage à l'ace, c'est celui de Trelkovsky, alias Roman Polanski himself, qui va au cours de deux heures que dure le film décompenser sa psychose. Deux heures d'une montée progressive en angoisse où Polanski - dont l'interprétation est tout aussi excellente que la réalisation - sombrera dans une folie faite de persécution et d'interprétations erronées.

Trelkovsky n'est pas un original, bien au contraire. Il serait même un brin chiant... Homme discret doté d'un charisme qui l'est tout autant (quoique, il parvient sans peine à séduire Isabelle Adjani) il nous avant tout présenté comme le nouveau locataire d'un appartement. Et cela n'est pas sans importance.




Le film ne s'appelle ni le bureaucrate, ni l'archiviste mais bien le locataire car cette location est au coeur du délire qui va se construire dans l'esprit de Trelkowsky. L'appartement et son histoire en est à la fois le point de départ et le point d'ancrage. A ce titre "le locataire" constitue avec "Repulsion" et "Rosemary's Baby" un triptyque absolument hallucinant sur les appartements et leur contribution aux angoisses de leurs occupants. La précédente locataire s'est défenestrée et est entre la vie et la mort à l'hôpital. Quelle mauvaise idée a Trelkovsky de se rendre à son chevet alors qu'il ne la connaît même pas. Cette visite va le hanter au point qu'il va petit à petit s'identifier à cette femme.

S'il vous arrive de vous entretenir avec des schizophrènes en phase aiguë de leur maladie, vous avez déjà dû avoir cette impression que leurs 5 sens sont plus qu'en éveils, ils agissent comme des méga-récepteurs. Comme si tous les stimulis extérieurs leur parvenaient en même temps, sans tri ni hiérarchisation. Cela est très bien reproduit grâce au travail à la musique de Philippe Sarde. Chaque son de ce vieux Paris est exacerbé ce qui participe au climat anxiogène et oppressant qui semble condamner Trelkowsky. 

Ce climat atteint son acmée au cours d'une scène ou Polanski-Trelkowsky se rend sur aux toilettes située hors de l'appartement et desquelles il voit son double resté dans l'appartement. Angoisse massive! Je mets le lien youtube mais préférez voir le film en entier si vous ne connaissez pas:





Malgré ses 40 ans ce film montre à voir la psychose comme peu le font. Repulsion, 10 ans plus tôt, du même Polanski, traitait des mêmes thèmes si ce n'est que la décompensation de Catherine Deneuve se faisait sur un mode hétéro-agressif. Chose que j'avais regretté car cela montrait le schizophrène comme un être dangereux pouvant frapper à tout moment. Malgré cela j'avais trouvé Repulsion excellent. Bande-annonce:




Avec "Le locataire", Polanski affine son propos en montrant que l'agressivité du psychotique vient en réponse à un monde insupportable fait ici de fausses reconnaissances, d'impression de complot et d'interprétations hâtives. Tout cela plongeant son personnage principal dans une peur permanente dont les seule issues sont soit de faire face en agressant à son tour (stratégie défensive) soit de se tuer (stratégie d'abandon) pour supprimer la peur. CQFD.

Polanski dont la vie est émaillée de traumatismes (sa mère meurt à Auschwitz, sa femme Sharon Tate est assassinée alors qu'elle était enceinte de 8 mois par les fidèles de Charles Manson gourou de la secte "la famille"...) livre une fois de plus une oeuvre fascinante et puissante qui fait de lui un auteur unique et qui continue plusieurs décennies après à livrer de grands films (cf "the ghost writer" en 2010, "carnage" en revanche en était un... carnage!). 

Alors un conseil à tous les professionnels de santé en psy: 
REGARDEZ LE LOCATAIRE !
(Et si vous ne bossez pas en psy: regardez le locataire!)


Bon et puis comme ce film est l'adaptation d'un roman de Topor, il ne me reste plus qu'à lire dès que je mets la main dessus "le locataire chimérique"!

pour aller plus loin: la page de polanski sur wikipédia



mardi 22 septembre 2015

#14 - le complexe du castor

C'est le genre de film casse-gueule. Du genre à sombrer dans les travers des films traitant de la dépression. Les grosses ficelles habituelles: du sentimentalisme outrancier, un retour aux vraies valeurs, des larmes, des vraies et puis des levers de soleil et un goût prononcé pour la beauté du monde associé à un refus systématique du métro-boulot-dodo ce rythme de ouf qui nous tuera tous! 

Si t'as loupé, le contexte dans lequel je l'ai regardé va vite voir ici:


Ce Castor n'a pas de barrage!

Cet écueil, Jodie Foster, à la fois devant et derrière la caméra, l'évite avec brio en offrant à Mel Gibson l'un de ses meilleurs rôle. 

"Le castor, l'arme fatale de la dépression"

(... oui y'a une private joke, réservée aux "fins" connaisseurs de la carrière de Mel!)



L'Australien y incarne Walter, un homme a qui tout avait réussi (amour, famille, travail) et qui - on n'en saura pas vraiment les causes - bascule dans une dépression... profonde. La scène d'ouverture pose clairement les choses en quelques minutes "La dépression de Walter est comme une encre qui tâche tout ce qu'il touche, un trou noir qui engloutit quiconque l'approche". C'est bien écrit, ça va droit au but.

Et cette écriture est soutenue par une réalisation qui fait mieux que tenir la route en témoigne la scène du suicide raté de Walter qui arrive à être à la fois juste et émouvante tout en utilisant le ressort comique du héros bourré sans tomber ni dans le ridicule ni... dans le vide! Faut dire qu'à la réalisation et à l'écriture s'ajoute une BO qui accompagne merveilleusement les images. Un tango-argentin signé Marcelo Zarvos qui fait mouche.

Cette scène du suicide donne le la en montrant un passage à l'acte comme il en est des milliers chaque jour. (Oui ça semble exagéré mais rien qu'en France on est à environ 550 TS par jour http://www.sante.gouv.fr/etat-des-lieux-du-suicide-en-france.html). Une TS c'est comme ça, comme celle de Walter, quelque chose de triste et absurde à la fois, réalisée avec les moyens du bord, dans un état de conscience plus ou moins altéré et qui à la fin à autant de chance de se conclure en chute de barrique qu'en défenestration!

Cette fois-ci pour Walter, ce sera la chute de barrique et la bonne gueule de bois qui va avec au réveil. Alors pour faire face à ses idées suicidaires, Walter va, un peu par hasard, mettre la main sur - et dans - une marionnette - je vous le donne en mille - de castor! Et ce castor il va s'en servir comme d'un outil thérapeutique pour extérioriser ce qu'il n'osait pas dire à son entourage

Et ça marche! Rapidement le castor thérapeutique porte ses fruits. Walter va mieux beaucoup mieux, se rapproche de sa famille, reprend de plus belle son travail... mais à quel prix? Au prix d'une marionnette enfilée sur son bras 24h/24 et qui petit à petit va développer sa propre identité. Walter ne s'exprime plus qu'au travers de cette marionnette ce qui ne va pas être sans dérouter son entourage.

Alors  moi ça ma bluffé! Jamais je n'avais entendu parler de ces marionnettes-thérapeutiques alors forcément ça m'a intéressé! j'ai d'abord cru à une fantaisie scénaristique jusqu'à ce qu'une simple recherche sur google me renvoie 52.000 résultats... ou là j'ai mesuré l’abîme de mon ignorance....

Alors ok une marionnette thérapeutique, mais pour quoi faire? et bien Mr Beaver (c'est le castor) nous l'explique, écoutons le:
La marionnette est "chargé de développer une distance psychologique entre lui (Walter) et les aspects négatifs de sa personnalité"

Malgré tout il y a plusieurs choses que j'ai moins aimé dans ce film. Tout d'abord l'histoire du fils aîné que l'on suit en parallèle, fiston qui fait tout pour éviter de ressembler au père et dont l'on suit les pérégrinations lycéennes entre marchandage de talents d'écrivain et dragouille romantique de Jennifer Lawrence. Ensuite le volet success-story typiquement américain m'a que peu intéressé. Au lieu de faire de son personnage principal un anti-héros du quotidien, Jodie Foster en a fait un dirigeant d'entreprise dont les hauts et les bas semblent conditionnés par sa santé mentale. Si bien que lorsqu'il retrouve sa thymie d'antan, l'entreprise repart de plus belle au point de faire bientôt la une des médias, son directeur étant l'invité de divers shows TV... un peu, beaucoup, passionnément excessif! 

Le retour du bâton. Attention, ça va SPOILER. Même si la vie avec un castor est formidable, elle n'en demeure pas moins périlleuse. Et la place qu'occupe rapidement Mr Beaver laisse peu de doute à l'issue douloureuse qu'on nous mijote. Et c'est dans une scène qui n'est pas sans rappeler - avec certes moins de brio ici que chez Fincher - celle de Fight Club ou Edward Norton se foutait sur la gueule dans le bureau de son patron que Jodie Foster met un terme à cette relation "zoothérapeutique". Scène qui n'est pas sans semer le doute sur le diagnostic médical de ce Walter étant donné la violence du passage à l'acte auto-agressif. Ce diagnostic n'étant pas du ressort de la simple infirmière que je suis, je laisse au psychiatre qui se serait égaré sur ce blog le soin de confirmer ou d'infirmer la structure de psychose suggérée par cette scène.

Pour le plaisir, la scène hallucinante de Fight Club: 





Au final, les défauts évoqués sont bien peu de choses par rapport aux nombreuses qualités de ce film qui sont rappelons-les:

- un sujet original avec pour ma part la découverte de la thérapie par la marionnette
- un Mel Gibson très convaincant dans un rôle loin d'être évident
- une belle écriture de scénario
- une réalisation qui ne vers jamais dans le pathos ou le ridicule
- une BO qui colle parfaitement à l'ambiance du film



mardi 1 septembre 2015

#7 - Effets secondaires


France 2 diffusait dimanche soir le film Effets secondaires, un film dont le pitch ne pouvait qu'intéresser l'IDE psy que je suis: un psychiatre prescrit à une patiente dépressive un nouveau médicament qui on sans doute -c'est dans le titre - va lui provoquer des effets secondaires.

Attention ici, il n'est pas question d'un drame intimiste ou d'une chronique de la dépression, non ici, on parle meurtre, manipulations et malversations financières.


Le casting donne le ton, on n'est pas dans de l'art et essai. Certes le réalisateur Steven Soderbergh a reçu la Palme d'Or Cannoise pour Sexe, Mensonges et Vidéo mais ça c'était il y a bien longtemps. Depuis il s'est tourné vers des films à hauts budgets qui visent une audience large. Côté acteurs, aux côtés de Catherine Zeta-Jones, Jude Law et Channing Tattum, je découvre Rooney Mara dans le rôle de la patiente.

Alors si ce n'est pas de l'art et essai, ce n'est pas non plus un film médical. Non Soderbergh fait dans un genre beaucoup plus populaire, le thriller. Un thriller psychologique, un thriller pharmacologique. Et ça fonctionne plutôt bien. Le film est agréable à suivre et offre ce qu'il faut de rebondissements sans trop en faire (chouette on évite le twist de la dernière minute!). Le rythme est enlevé sans non plus nous imposer une cadence effrénée.

Mais alors qu'est-ce qui ne fonctionne pas? Et bien plusieurs choses. Il y tout d'abord la plausibilité de l'histoire. Non, là y'a pas à dire c'est ridicule. Attention je suis obligée de spoiler. L'idée si j'ai bien compris est qu'une psychiatre (Miss Zeta-Jones) s'arrange avec sa patiente pour tromper tout son petit monde. Plongeons ensemble dans les discours non écrits du scénario:

- "Bon alors ma belle (oui y'a un léger souci de contre-transfert et de distance relationnelle entre ces deux là), j'ai un plan diabolique, tu vas aller voir un confrère psychiatre et te faire prescrire un tout nouveau médicament dont l'un des effets secondaires méconnu est de provoquer des états de somnambulisme.

- ... bof, pas trop envie...

- t'inquiète, tu n'auras pas à prendre ces comprimés, juste à faire semblant Par contre, tu vas tuer ton mari au couteau puisque à présent c'est moi que tu aimes. Après l'enquête te déclarera non coupable parce que tu était sous l'emprise du médicament et donc somnambule.

- C'est pas un peu risqué ton plan?

- Pas du tout,tu vas être acquittée et on sera heureuse

- Et pourquoi ne pas quitter simplement mon mari sans le poignarder et juste être heureuse avec toi.

- Mais parce qu'on veut de la thune! Énormément de thune!! Et on est peut-être aussi des esprits tordus ahahah...

- Ceci dit, ça va t'as pas l'air d'une crevarde non plus, t'es psy à NY, t'as de belles fringues, et un cabinet qui sent bon le pognon, on peut peut-être vivre ainsi...

- Non on va tuer ton mari et gagner plein d'argent!

- Ok c'est toi qui décide! Mais comment faire pour l'argent?

- Je te l'ai dit, mon plan est diabolique! écoute!

- j'écoute...

- Suite à l'affaire qu'on va provoquer le cours de l'action du labo A qui produit le médicament responsable de somnambulisme va chuter. Du coup les actionnaires vont reporter leurs investissements sur le labo B, dont l'action - vase communicant oblige - va grimper en flèche. Donc dès aujourd'hui je vais acheter tout plein d'actions du labo B à bas prix pour mieux les revendre à lors de l'exécution de notre plan. Diabolique n'est-ce pas, on va se faire des couilles en or ma jolie!

- façon de parler j'imagine..."

Alors oui le scénariste s'est fait plaisir mais ça reste somme toute assez peu plausible ou alors je n'ai pas l'esprit assez vicié...

Cela aurait pu faire un bon film d'investigation sur les relations flous qu'entretiennent psychiatres et laboratoires ou encore sur le lien entre déontologie et marketing à tout va. Alors certes ce film permet d'ouvrir de la façon la plus mainstream qui soit la réflexion sur ces questions sociétales (notamment la question de la responsabilité pénale des malades lors de passage à l'acte) mais il favorise aussi l'émergence de théories complotistes puisque les responsables de labo et les psychiatres sont ici montrés sous l'angle d'individus assoiffés d'argents plus que de soins.

Faut dire que si Soderbergh surfe sur l'angle du "les labos n'ont aucun autre but que celui de nous prendre notre argent quitte à nous tuer" c'est que les class actions à l'encontre des labo se sont multipliées ces dernières années aux USA. Zyprexa, Quiétapine, Rispéridone et beaucoup d'autres...

Ce qui m'a aussi gêné mais c'est habituel dans ce genre de films c'est que la maladie psychiatrique y est forcément montrée sous l'angle du passage à l'acte violent. Alors bien sûr, c'est un film, un thriller de surcroît, mais il contribue malgré tout à l’amalgame existant entre maladie psy et passage à l'acte alors qu'en réalité ces PAA sont beaucoup plus rares.... mais c'est vrai l'absence de PAA ne favorise pas les bons films policiers!

Au final un thriller sympa et bien ficelé qu'il vaut mieux éviter de regarder avec nos lorgnières psy au risque de trop pointer les incohérences.

Ah oui, j'oubliais! La scène est brève mais on y aperçoit une équipe infirmière dans un service psy. Alors comme bien souvent on a le droit à un infirmier qui au jugé de son poids est probablement employé pour jouer les gros bras! Toujours est-il ces vigiles-soignants (géniale la double-casquette!) sont de sont de vrais pro! Si ont dit parfois des flics qu'ils ont la gâchette facile, ici on est sûr que les infirmiers ont l'injection rapide! Tu ne respectes pas le cadre (ici la patiente exige l'usage du téléphone alors que les consignes médicales le lui interdise) hop on t'injecte dans le couloir! Et puis comme on vise le deltoïde et bien ouste la confidentialité du soin et la pudeur on fait ça, à l'arrache, devant les autres patients dans le couloir. C'est sûr c'est pas ce genre de scène qui risque de valoriser le travail soignant des infirmiers en psy!





jeudi 27 août 2015

#4 - Inside Job

La nuit est calme. Il est 1h30 et je m'installe confortablement sur le vieux fauteuil relax dans la salle de pause. Hypnotiques distribués, pharmacie rangée, il ne reste plus qu'a attendre tranquillement le petit matin. Reste l'incertitude d'une admission à pas d'heure. C'est rare mais le service n'est pas complet. Il reste deux lits, si ça déborde aux urgences, ce sera pour nous.

Je me sers une infusion dans une tasse offerte par un célèbre laboratoire et lance mon divx du soir. Inside Job. Ce film c'est avant tout un casting énorme. Non, non Matt Damon n'y figure pas, ça c'est dans l'autre Inside Job.

Celui que je m'apprête à regarder c'est celui de 2003. A la réalisation il y a Nicolas Winding Refn, le réalisateur choc. Encore méconnu en 2003, il a depuis explosé avec Drive.




Si vous n'avez pas vu le film, ce qui est chose grave, puisqu'il s'agit d'un des films les plus fascinants et hypnotiques de ces dernières années, vous avez forcément entendu la titre phare "Nightcall" de Kavinsky:




Mais Inside Job ce n'est pas que Refn. Devant la caméra il y a John Turturro dans un rôle très éloigné de sa prestation hilarante dans The Big Lebowski:




Bon ok, son rôle de Jesus n'est pas représentatif de sa filmo, mais je ne me lasse jamais de revoir cette scène!

Gâteau sous la cerise ou l'inverse, Hubert Selby Jr, est ici crédité comme co-scénariste! Romancier majeur de la littérature américaine du 20ème siècle avec Last exit to Brooklyn ou encore le Démon, c'est l'un de mes auteurs préférés. Plutôt rare au cinéma de son vivant, il est carrément aux abonnés absents depuis son décès. Mais avec une incursion comme scénariste, sur Requiem for a dream, il frappa fort, très fort! Alors autant dire que ce film, Inside Job, j'en attendais beaucoup!

L'histoire? Un homme, vigile, ne se remet pas de la mort de sa femme. Il passe l'essentiel de son temps libre à visionner des cassettes de vidéo-surveillance à la recherche du moindre détail, tandis que l'enquête de police piétine.

Toctoctoctoctoc!!22 minutes que je suis l'oeil rivé sur mon écran 7 pouces quand l'on frappe à la porte de la salle de pause. Je retire mes oreillettes, met le film en pause, enfile ma blouse et entrouve la porte. Difficile de s'extraire de l'ambiance pesante du film. C'est Bobby un jeune bipolaire arrivé en pleine décompensation maniaque qui vient taxer du feu. Depuis 15 jours il s'est bien posé et son humeur se régule chaque jour un peu plus. Reste son sommeil, continuellement haché. Je l'accompagne dans l'espace fumeur, nous discutons quelques minutes, puis je le laisse non sans lui rappeler de mieux s'organiser demain soir afin d'avoir un briquet sur lui. Quelques instants plus tard, j'entend son pas lourd, Bobby regagne sa chambre.

Lecture! Cela pourrait être un banal thriller, il n'en est rien. On pénètre ici dans l'univers mental torturé d'un homme dont le repli devient quasi-autistique. Film lent, film d'atmosphère, Refn emprunte autant à Kubrick qu'à Lynch. D'une enquête classique on bascule soudain dans un monde étrange et malsain. Réalité ou au émanation du cerveau délirant du personnage principal, chacun aura son interprétation.

Au final un très bon film, que je regrette de ne pas avoir vu sur grand écran... même si l'ambiance "vu de nuit en HP" ajoute au climat angoissant du film!

La Bande annonce: