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vendredi 30 mars 2018

Continuez d'emmerder les Français


Wine days par Ferran Jordà


Ce blog est apolitique mais là je vais faire une entorse à cette règle. Il faut dire que notre Président vient de faire un doigt d'honneur de toute beauté à la santé publique en général, à l'addictologie en particulier.

***


Réponse cinglante à sa ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui il y a quelques jours s'autorisait un "le vin est un alcool comme un autre", le président dans un désaveu infantilisant façon "who's the boss" déclarait lors d'une rencontre avec des agriculteurs "Moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à la formule de Pompidou : 'n'emmerdez pas les Français'"



Monsieur le président,

Ce n'est pas emmerder les Français que d'informer sur les conséquences d'une consommation excessive d'alcool,
Ce n'est pas emmerder les Français que d'expliquer aux jeunes et aux moins jeunes que l'alcool est impliqué dans plus de 200 maladies et traumatismes,
Ce n'est pas emmerdez les Français que de rappeler qu'il existe un lien de causalité entre l'usage nocif d'alcool et toute une série de troubles mentaux et comportementaux,
Ce n'est pas emmerder les Français que de les informer que le risque de se cartonner en voiture ou d'avoir des ennuis avec la justice est majoré quand on est alcoolisé,
Ce n'est pas emmerdez les Français que aider, informer, prévenir, éduquer, accompagner.

Quand un parent accompli ces missions auprès de son enfant, il ne l'emmerde pas bien au contraire. Il prend soin de lui. Bien sûr le gosse ne se rend pas compte, il n'aime pas trop cette morale qu'on lui sert et oui parfois voire souvent il a l'impression qu'on l'emmerde. Mais qu'importe! Passer pour un emmerdeur est le lot de tout adulte en responsabilité. Oui qu'importe si l'on est convaincu du bien-fondé de son action. En tant que parents on "emmerde" pour que nos enfants deviennent des adultes autonomes et heureux. On peut jouer les copains avec ses enfants comme on peut se la jouer populiste avec ses électeurs mais je ne crois pas que vous êtes de ces hommes-là Monsieur le Président. Peut-être est-ce un peu ce que l'on attend d'un Président, de prendre soin des siens.Un emmerdement à minima pour une santé à maxima. Car in vino veritas morte.


Ce dont je suis sûre c'est:
qu'emmerder les Français c'est leur dissimuler une partie de la vérité pour ne pas contrarier des puissants,
qu'emmerder les Français c'est privilégier les intérêts du lobby alcoolier au détriment de la santé de ses concitoyens,
qu'emmerder les Français c'est soutenir que le vin est avant tout un élément constitutif de notre patrimoine avant d'être une drogue qui fait des ravages.


Hey, wake up comme disait Morpheus à Néo on est plus à l'époque des vieux de la vieille façon Jean Gabin et Michel Audiard. (Double référence cinématographique absolument improbable dans une même phrase n'est-ce pas??)

50% des faits de délinquance sont liés à l'alcool,
49.000 morts par an c'est 130 par jour tout de même,
800.000 hospitalisations par an liées à l'alcool (je les vois tous les jours passer à l’hôpital, ces gamins en perditions qui se défoncent comme d'autres mâchent du chewing-gum, ces paumés qui s'envoient chaque jours 5, 6 ou encore 7 litrons de vinasse discount pour oublier une vie misérable, surmonter un quotidien merdique ou affronter des angoisses insupportables.) 

Ces chiffres, ça calme non?

Et combien de parents en souffrance, de conjoint(e)s dépité(e)s, ou d'enfants violentés? Oui combien de victimes collatérales? 5 millions disait l'INVS en 2006.

Monsieur le Président, vous êtes un modèle de réussite pour nombre de Français. Mais avec vos propos combien de lycéens - n'en déplaisent à leurs parents - se diront que boire un verre de muscadet ou de rouge qui tâche le midi entre les cours n'est vraiment pas grave parce que leur président avec la haute fonction qui est la sienne, boit tous les jours du vin à 12h?

J'ai tendance à croire que le président pour lequel j'ai voté n'aurait pas sorti une telle phrase. Comme vous le savez le vin à tendance à désinhiber, à faire baisser notre niveau de vigilance et nos capacités de discernement.... Alors vous me voyiez venir non?  Je me demandais si ces propos vous ne les aviez pas tenus après votre déjeuner. Et oui après un repas même modérément arrosé, on laisse une partie de sa lucidité ou de son jugement à la table. Ce genre de saillie ne vous ressemble pas et j'ai bon espoir qu'un jour prochain vous corrigerez le tir et peut-être reconnaîtrez vous la pertinence d'une mention claire et limpide de type "le vin tue". (...voire mais c'est peut-être un brin exagéré une étiquette sur chaque bouteille "Ce vin va contribuer à ta mort Dude!")


Vous avez fait un "high five" aux alcooliers, ils vous en remercient. Mais rien ne vous empêche à présent de leur faire la nique à ces has-been qui s'enrichissent sur notre santé et de "double-checker" les Français. Tendre une main aux jeunes qui s'alcoolise - aussi au vin - pour s'amuser mais aussi se défoncer se déchirer, s'oublier. Tendre une mains aux moins jeunes pour qui l'alcool n'a plus grand chose de festif mais est consommé dès qu'une difficulté se présente. L'alcool perçu comme la solution à tous les problèmes puis reconnu mais trop tard comme un accélérateur à problèmes. Tendre une main aux futures mamans qui ne voient pas à mal quand pour célébrer ces futurs heureux événements trinquent avec la famille, trinquent avec les amis, trinquent avec les collègues. A chaque verre avalé, c'est bébé qui se bourre la gueule. Et lui il a rien demandé.

Alors n'arrêtez pas mais au contraire continuez à nous "emmerder"

Bien à vous,
SuzieQ




ps: j'ai écris ce texte sous la colère. Je précise que je ne suis pas une activiste anti-alcool et je suis contre toute forme de prohibition mais il existe des vérités scientifiques qu'il serait judicieux d'affirmer haut et fort. L'alcool - le vin au même titre que les autres - est dangereux pour la santé.




Pour finir, quelques liens intéressants:

- un article qui résume bien toute cette affaire: https://www.publicsenat.fr/article/politique/comment-les-propos-d-agnes-buzyn-ont-mis-en-marche-le-lobby-du-vin-83097
- le plein d'info sur le site de l'OMS: http://www.who.int/topics/alcohol_drinking/fr/
- OFDT, passionnant: https://www.ofdt.fr/produits-et-addictions/de-z/alcool/
- lutte contre l'alcoolisme foetale, l'exemple aborigène: http://www.who.int/features/2014/aboriginal-babies-alcohol-harm/fr/
- recommandations de l'OMS:
Les pays sont au premier chef responsables d’élaborer, de mettre en œuvre, de suivre et d’évaluer les politiques publiques visant à réduire l’usage nocif de l’alcool. Les décideurs ont à leur disposition une base importante de connaissances scientifiques concernant l’efficacité et la rentabilité des stratégies suivantes:
  • réglementation de la commercialisation des boissons alcoolisées (en particulier auprès des jeunes);
  • réglementation et restriction de l’offre d’alcool;
  • adoption de politiques adaptées de réglementation de l’alcool au volant;
  • réduction de la demande à travers des dispositifs fiscaux et d’action sur les prix;
  • sensibilisation et soutien aux politiques;
  • fourniture de traitements accessibles et d’un coût abordable aux personnes souffrant de troubles liés à la consommation d’alcool;
  • mise en œuvre de programmes de dépistage et d’interventions brèves en cas de consommation nocive et dangereuse d’alcool. (extrait de la page: http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs349/fr/)
  • (Oui vous avez bien lu... c'est pas écrit qu'il faut arrêter d'emmerder les gens !!)







jeudi 28 septembre 2017

Un syndrome post traumatique? vous prendrez bien 10 ans de psychanalyse



Trapped by Aditya Doshi


"Comment mesurez-vous l'efficacité de votre prise en charge?"

Cette question qui me brûlait les lèvres, c'est Aurélie qui la posa. Et ainsi en l'espace d'une fraction de seconde je me sentie un peu moins seule dans cette salle de formation. Et dans la lente respiration qui suivie, dans ce volume d'oxygène pourtant saturé en CO² qui vint remplir mes poumons, je sentis un agréable mieux-être se diffuser en moi.

Tellement dommage que ce sentiment n'apparaisse que si tardivement... Pendant ces 3 journées consacrées au psychotraumatisme j'avais l'impression d'être une extra-terrestre du soin.

A chaque pause j'avais entendu l'admiration que le formateur suscitait chez mes collègues. Sa longue expérience de psychologue, ses interventions au sein de la cellule psychologique locale (CUMP), son sens du détail dans la description clinique des atrocités qu'il avait expertisé provoquaient torrents de louanges et exerçaient sur les infirmiers et infirmières du groupe comme une espèce de fascination.

Je n'avais pas remarqué Aurélie. Introvertie, discrète, elle n'était pour ainsi dire pas intervenue durant ces 3 jours jusqu'à cet ultime tour de table.

Face à l'absence de réponse de celui qui comme moi découvrait le son de sa voix elle précisa sa question:

- Je vous ai écouté attentivement, j'ai pour l'essentiel compris le sens du travail d'analyse que vous faites avec vos patients psychotraumatisé mais quelque chose me chiffonne... Je vois pas comment vous évaluez l'efficacité de votre travail? Comment savez vous si votre travail permet à vos patients de guérir ou en tout les cas de mieux vivre avec leur trauma? Utilisez vous des grilles ou des questionnaires pour quotter leur angoisse lors de votre première rencontre puis à intervalles réguliers?

Celui qui était aussi expert auprès des tribunaux laissa un blanc s'installer, sa racla la gorge puis répondit Aurélie:

- Je note que dans vos propos l'expression "évaluer l'efficacité" c'est bien ça n'est-ce pas?

- Oui peut-être... j'ai en effet dû dire cela....

- Pas de peut-être, vous l'avez dit.

- Et donc?

- Et donc me dites vous? Et bien je vais vous dire! "Evaluer l'efficacité" voilà une expression que je n'aime pas trop! Savez vous que l'humain et plus particulièrement le psychotraumatisé est un être exceptionnellement complexe qui ne saurait se laisser évaluer. Il n'est pas un robot dont on pourrait évaluer l'amélioration liée à tel ou tel changement de processeurs, logiciels ou autre. Non la complexité ne se laisse pas apprivoiser facilement...

- Je comprend et ne met nullement en cause la complexité de l'humain.  En revanche, les symptômes, ils existent quand vous rencontrez votre patient et ce que ce dernier attend c'est que vous les gommiez non?

- Peut-être... Vous savez nous proposons notre aide, nous ne l'imposons pas, c'est ensuite au patient de s'en saisir s'il estime en avoir besoin. Et puis tout ça est extrêmement variable. Certains s'améliorent au fil des séances, ils nous le disent et on le constate, d'autres arrêtent la thérapie sans qu'on en connaisse la raison, d'autre encore la poursuivent pendant des années sans avancer d'un iota. Réduire cela à une accumulation de symptômes qu'il faudrait faire disparaître comme une vulgaire liste de tâches à accomplir me semble quelque peu réducteur...

- Et ben je ne partage pas votre avis.

Tandis que chacun range crayons et cahiers en cette fin de journée de juin à peine refroidie par la critique d'Aurélie je repense déjà à ce à quoi nous venons d'assister.

Le psychotramatisme. Voilà un thème passionnant et ô combien d'actualité m'étais-je dit en découvrant cette formation proposée au sein de l'EPSM. Il n'y avait pas plus de détail sur le contenu si ce n'est le nom du formateur et sa qualité. Un psychologue sans plus de précision sur son obédience. Je demandai à ma cadre la possibilité de participer à cette formation, ce qu'elle accepta connaissant mon projet d'un jour intégrer la CUMP de mon département. (... bon au moment où j'écris ces lignes je suis plus que pessimiste à ce sujet puisque chacune de mes relances depuis deux ans se solde systématiquement par un laconique et expéditif "la CUMP ne recrute pas")

Le bilan que je tire de cette formation n'est pas mitigé, il est catastrophique. Je m'explique. J'étais très enjouée à l'idée de consacrer 3 jours à étudier le psychotraumatisme. Ces près de 24h promettaient monts et merveilles ou plutôt monts de morbidités et merveilles d'atrocités. Mais rapidement le formateur aussi sympathique soit-il et aussi compétent soit-il (je rappelle formateur, psychologue clinicien, psychanalyste, expert auprès des tribunaux, membre de la CUMP etc...) a mis le feu aux poudres. Au moins dans mon cerveau...

"... alors le traitement du syndrome de stress post traumatique rentre dans le cadre d'une psychothérapie classique relativement longue..."

Vous allez me dire que je vois la mal partout... Cette phrase qui m'a fait bondir est une fois écrite relativement vide... Qu'est-ce qu'une psychothérapie classique? Ben je sais pas ça dépend de qui la prononce non? Et si c'est un psychanalyste ne peut-on pas imaginer un instant que classique signifie psychanalyse? surtout quand à classique il accole "relativement longue"?

Le problème, voyez-vous, c'est qu'a aucun moment - aucun! - sur les 3 jours de formations ce formateur n'a abordé les alternatives à une "psychothérapie classique".

Rien sur l'EMDR,
Rien sur les Thérapies Brèves
Rien sur l'imagerie mentale
Rien sur l'hypnose
Rien sur le mindfullness ou pleine conscience
Rien sur les TCC
Rien sur la Thérapie d'acceptation et d'engagement ACT
Rien sur la Thérapie d'exposition
Rien sur le Propranolol

Et quand je rien, c'est rien! Nada, que dalle, pas un mot, pas une seule fois, pas UNE seule putain de fois, ce formateur au CV pourtant dense n'a ne serais-ce que cité l'une de ces thérapies.

Moi je n'ai rien contre les références et citations Freudienne dont à usé et abusé le formateur...

Je n'ai rien contre un formateur qui met une distance professionnelle avec des apprenants IDE en utilisant un champ lexical auquel les IDE aussi doués soient-ils n'ont qu'un accès limité.

Je n'ai rien contre l'enrobage psychanalytique qui - aussi jargonaphasique soit-il - suscite admiration dans les rangs des apprenants.

Je n'ai rien contre un formateur qui toutes les 3 phrases pose inlassablement cette même question "je sais pas si vous me comprenez?" ou bien "je sais pas si j'ai été clair là?"ou encore "vous comprenez ce que je veux dire?"

Bon ok je n'en ai pas totalement rien à faire... mais je peux l'accepter! Je peux accepter qu'un psychologue nous ramène, nous IDE, dans nos rangs de soignants terre à terre qui n'avons pas accès au symbolisme ou à la représentation. Nous n'avons pas la même formation, nos métiers et missions sont différentes alors je l'accepte...

J'accepte que chaque fois que l'un d'entre nous avance une interprétation symbolique, il doit quasi s'en excuser un ajoutant à son interprétation une expression comme "jouer les psy de bazar" ou "psychologie de comptoir ou de bas-étage" quand ce n'est pas "psychologie de caniveau". Je l'accepte car encore une fois nous ne sommes pas formés à cela...

Mais ce que je ne peux accepter c'est qu'une formation professionnelle dispensée dans un hôpital qui reçoit ponctuellement des traumatisés psychiques en grande souffrance soit aussi léger sur le contenu de ses formations.

Je m'en fais tout une montagne? Je regarde trop le soin avec un prisme TCC? Je n'accepte pas que la psychanalyse soit aidante pour nombre de patients? Vous croyez que c'est ça? Peut-être, mais voyons voir ce qu'en dise les textes...


Bon, histoire de ma faire taper dessus, commençons par Wikipédia! 

"Le but principal des traitements par les thérapies comportementales et cognitives (TCC) ou par l'EMDR est de faire disparaître toute la symptomatologie post-traumatique et de permettre ainsi à la victime de retrouver le statut antérieur."

à lire ici: https://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique#Traitements

Bon j'ai bien compris wikipédia n'est pas une source officielle ou suffisamment fiable pour un sujet aussi sensible. En lisant l'article de wikipédia j'ai néanmoins découvert qu'un traitement du stress post trauamtique se prépare associant psychothérapie et prise de MDMA !!! Hallucinant non??

Alors allons voir ce que dis l'HAS! Et bien dès 2007, l'HAS a publié un guide qu'on peut télécharger ici et qui en page 17 aborde le stress post trauma. Je cite:

Le traitement de choix est la Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) centrée sur le traumatisme ou la désensibilisation avec mouvements oculaires (EMDR : eye movement desensitization and reprocessing).

Oui vous avez bien lu "traitement de choix". Ce n'est pas écrit "en seconde intention" ou "pour les cas les plus résistants" ou "après 10 ans de psychanalyse infructueuse"... non "traitement de choix"!!

L'HAS vous dégoûte, elle n'est qu'une grosse machine qui ne comprend rien à la finesse de la psychiatrie, c'est ça? Alors voyons voir ce qu'en dit l'institut de victimologie. Extrait du site :

"Plusieurs stratégies thérapeutiques peuvent être proposés, leur indication est posée dans tous les cas par le psychiatre après une évaluation clinique : thérapie comportementale et cognitive (TCC) , le Eye Movement Desensitization and Retroprocessing (EMDR), l'hypnose, les groupes, la relaxation, thérapie interelationnelle ; dans tous les cas il s'agit d'une prise en charge psychologique globale mais centrée sur le traumatisme et ses conséquences, puis sur la personne et ses propres ressources."


Quand à la célèbre "neutralité bienveillante" chère à mon formateur et selon lui essentielle dans la prise en charge du stress post trauma, je recite l'institut de victimologie:


"Le thérapeute se met au contraire résolument du côté de la victime et bannit la « neutralité bienveillante » au profit d'une attitude empathique bien dosée qui ne confine jamais à la sympathie"

Promis j'ai rien inventé: même moi je trouve le verbe utilisé fort, très fort, limite extrême.

L'INVS a lui aussi son point de vue sur cette neutralité.

"Ce que Freud a défini comme une « neutralité bienveillante » qui vise à laisser la place au patient, désarçonne les victimes qui attendent parfois une attitude plus active faite d’interventions et de conseil. En règle générale, les victimes ne sont pas en mesure de s’engager d’emblée dans une telle démarche psychothérapeutique"

Quant au moyens existants pour évaluer l'efficacité d'une prise en charge du stress post traumatique il existent n'en déplaise à mon formateur. Oui Aurélie, chère collègue, ils existent.

Page 19 du document de l'HAS pré-cité on peut lire ceci:

"Les échelles disponibles pour mesurer l’efficacité des traitements sont Impact of Event Scale (IES-R), PTSD Symptom Scale Interview (PSS-I) et Posttraumatic Stress Diagnostic Scale (PTDS)."

Ces échelles sont faciles à trouver sur le net.

En débutant la rédaction de cet article, je n'avais pas pour intention de dézinguer mon formateur. Mais j'ai ressentie une forte colère lors de cette formation que j'ai voulue exprimer "sur papier".

Nous recevons des patients. Ils sont en demande d'aide et c'est notre mission de les aider.

Comment un IDE va-t-il concrètement mettre en application le contenu de sa formation?
En réalisant des entretiens riche de neutralité bienveillante... C'est pas ce qu'il faisait déjà? Si mais bon... En sortant aux trans infirmières des bouts de phrases qu'il aura copié mot à mot lors de sa formation "tu vois il y a une déliaison des interactions subjectives et intrasubjectives" bouts de phrases qui feront un flop a peine seront-ils sortis de sa bouche?

Nous sommes infirmiers et nous avons un rôle thérapeutique. Dans toutes les thérapies brèves que j'ai cité un peu plus haut nous avons notre place à prendre, notre rôle à jouer. A nous de nous en saisir. Boire les paroles d'un psychanalyste a certes quelque chose d'enivrant mais jamais nous ne deviendrons psychanalyste, cela ne relève pas de notre décret de compétences. Formons nous aux autres thérapies, celles qui soignent et soignons, bordel de m...e !!

L'OMS qui cite lui aussi l'EMDR et les TCC ne s'y trompe pas et ne nous oublie pas. Je cite son communiqué de presse du 6 août 2013 sur les soins de santé mentale après un traumatisme  "... au moyen de protocoles thérapeutiques simples pouvant être utilisés par les médecins et les infirmiers qui prodiguent des soins de santé primaires."


Kiss Kiss
Suzie Q, une fiction autobiographique





dimanche 13 août 2017

De la différence sémantique du terme professionnel et autres considérations paramédico-mentalo !


Library bound par Guian Bolisay


C'est dimanche. Alors s'il fallait recontextualiser, on pourrait dire qu'on en est à ce moment où il est grand temps de dresser le bilan à l'heure ou d'autres dresseront la tablée du repas dominical. Oui c'est dimanche et si votre poulet frites est encore une belle abstraction, si vos invités ne sont pas encore dans la place alors je ne saurais trop vous convier à passer quelques minutes avec moi. 

Il y avait une logique dans les 4 derniers textes que j'ai publié. Depuis Ascodocpsy où la voie royale vers l'autodidaxie jusqu'à ces 3 chroniques (ici, ici et encore ici) de la vie d'une équipe en service mon but était de montrer l'importance qu'il y a à nous saisir de notre rôle, à l'investir, à être exigeant envers nous-même. Je l'ai dit et le répète, j'ai cette crainte de voir disparaître des postes IDE au profit de métiers moins qualifiés. C'est un poncif que de le dire mais la psychiatrie va mal. Ce qui l'est moins en revanche c'est d'admettre que nous avons, nous infirmiers, une part de responsabilité. C'est parfois notre suffisance, parfois notre négligence, parfois notre manque de nuance qui contribue à faire de la psy ce reflet imparfait de la société. Oui nous sommes des hommes, des femmes et par définition nous sommes imparfaits. Notre imperfection nous pousse parfois à nous retrancher dans une position confortable de victime du genre de celle qui gémit à qui veut l'entendre "nous on voudrait bien offrir des prises en charge de qualité, on est vraiment de valeureux soignants mais comment pouvons nous exercer notre art avec une équipe d'encadrement et une direction aussi médiocre l'une que l'autre, des pseudo-supérieurs qui n'ont pour seul objectif que celui de nous mettre des bâtons dans les roues". Oui on peut tirer à boulets rouges sur tout ce qui fait un hôpital - et crois moi j'ai plus de respect pour une écrevisse que pour pas mal de cadres - mais cela suffira-t-il à cacher notre part de responsabilité. 

Aux cadres de santé qui passeraient par là (heureuse curiosité intellectuelle!) j'aimerais les inviter à faire preuve d'humilité en méditant les paroles anarchico-bordéliques de stupeflip et de son génial "à bas la hiérarchie":

"Mais qui t'es toi pour me stresser comme ça?
Qu'est-ce qui te donne le droit de te croire au dessus de moi?
Tu te crois supérieur parce que t'es mon supérieur ?
Espèce de bâtard je vais te péter le postérieur !
"

Aux infirmiers, j'aimerais dire, nous ne sommes pas que victime, nous sommes aussi coupable.

- Oh Oh Suzie Q tu te calmes là d'accord!! C'est facile de ne montrer que des mauvais soignants qu'il y en a tellement de bons! Faire le procès d'une profession! Mais t'es qui pour t'autoriser ça? Une gamine avec à peine 5 ans de bouteille, tu peux parler, mais tu parles dans le vide, tu connais rien, tu n'es personne! Fuck You!

C'est vrai! Tu as raison. Qui que tu sois, tu as raison. Mes textes ne sont que les émanations d'un esprit qui accumule peut-être trop de colère, quand à mes anecdotes, elles ne sont que.... ben oui justement, elle ne sont que des anecdotes et donc ne prouvent rien. Elles sont le fruit de mon expérience, elles sont que dalle si ce n'est le vécu d'une soignante lambda, dans un établissement lambda, sur une période lambda. Le tout enrobé de multiples biais d’interprétation possible. Donc toute conclusion qui en serait tirée serait, il va de soi, hâtive. Cela n'est aucunement un travail de recherche - je laisse cela aux chercheurs - mais un simple témoignage... 

Faire le procès de mauvais soignants? Ce n'est pas ma volonté car honnêtement je ne sais pas vraiment ce que cela signifie. Il m'est arrivé de rencontrer des soignants aux vues et pratiques diamétralement opposées aux miennes. De prime abord, leurs façons de faire me laissaient perplexe quand elles ne me faisaient pas bondir, et puis en discutant avec ces soignants, je me suis aperçue qu'il y avait une logique derrière leur approche. Cette approche n'était pas la mienne mais dans leur vision cela tenait debout. Nous sommes tous quelque part sur un continuum qui va de mauvais à bon parfois nous nous rapprochons dangereusement du côté sombre tandis qu'à d'autres moments, les ailes nous poussent, et nous nous envolons vers l'excellence. 

Les soignants que j'ai décrits dans mes récents textes manquent parfois d'apports théoriques mais contrebalancent ce manque par de grandes capacités d'écoute et d'empathie. A l'inverse il m'est arriver de croiser - c'est rare néanmoins - des IDE consacrant beaucoup de temps à la lecture d'articles professionnels, de livres passionnants et qui en même temps semblent éviter de croiser tout patient en restant bien caler dans un fauteuil les yeux rivés sur un pc.

Alors voilà Cher lecteur, cette mise au point étant faite, voici quelques réflexions.


1- Quel sens donnons nous au mot professionnel? Tous, nous nous revendiquons comme professionnels de santé mais que mettons nous précisément derrière ce mot? Ce terme "professionnel" est polysémique. Son sens premier désigne une personne qui exerce régulièrement une profession et qui en tire l’essentiel de ses revenus. Il est ainsi l'opposé d'un amateur. Classique! Mais dans un second sens "professionnel" désigne quelqu'un qui exerce une activité avec beaucoup de compétences. Classique aussi me direz vous! Pourtant dans le milieu de la santé mentale je crois qu'il existe une confusion entre ces deux sens. Tentative de décryptage! 

Prenons un exemple issu du monde sportif. Neymar, dont le prénom n'est pas Jean, est un footballeur professionnel. Son professionnalisme répond aux deux sens tels que nous les avons définis ci-dessus. Il exerce le métier de footballeur et est - grassement - rémunéré pour cela (sens n°1). De plus il est reconnu par l'ensemble de la profession comme extrêmement talentueux dans son domaine (sens n°2). Alors lui c'est une star mais on peut tirer ce même raisonnement pour l'effectif du club d'Angers par exemple ou de Caen ou de toute autre équipe pro. Les joueurs y sont rémunérés parce que des sélectionneurs les trouvent compétents à leur poste. On peut supposer que la grande majorité d'entre eux a un parcours en école de foot et a passé à de nombreuses reprises des épreuves de détection ou encore de recrutements. On peut donc dire que le sens n°1 est la conséquence du n°2 à savoir c'est parce que ces joueurs sont compétents qu'ils sont aujourd'hui sous contrat et rémunérés. Mais Neymar pourrait-il arrêter le foot et signer demain dans une équipe pro de basket? Probablement que non! (Le grand Michael Jordan s'est essayé au baseball avec plus ou moins de réussite...). Neymar est donc un sportif professionnel avec une spécialité foot! Un sportif professionnel ne peut donc l'être dans tous les sports. Peut-on appliquer cela à d'autres domaines? Tiens la semaine dernière j'ai amené ma voiture au garage pour sa révision annuelle. Le mécano qui l'a prise en charge est salarié du garage. Je suppose qu'il y travaille et y est rémunéré parce qu'il a un diplôme faisant de lui un professionnel de la mécanique auto. Pour autant pourrait-il réparer un moteur d'avion? Je suppose que non. Il est donc mécanicien professionnel avec spécialité automobile. 

Si ça marche dans d'autres domaines ça devrait être identique pour nous autres les infirmières. Je suis rémunérée pour travailler en psychiatrie c'est parce que j'ai un diplôme faisant de moi une professionnelle de la psychiatrie. Et bien non pas du tout! Au contraire, mon diplôme est généraliste et, grâce à lui, je peux exercer mon métier et devenir une professionnelle de santé dans quelques domaines que ce soit à l'exception des spé existantes. Imaginez un médecin généraliste qui fermerait son cabinet et s'improviserait neuro-chir, ce serait bizarre non, on se précipiterait pas pour passer sur le billard, éventuellement on lui demanderait "mais vous avez passé un diplôme pour faire ça?" et lui de répondre "non j'avais envie de voir, et comme je suis un professionnel de santé j'essaye". Allons bon ça n'a aucun sens n'est-ce pas? Et pourtant c'est bien ce qui se passe en psychiatrie. Des professionnels de santé (au sens n°1 du terme) c'est à dire avec un contrat de travail et le salaire qui va avec, avec aucune, si peu ou trop peu de compétences dédiées à la santé mentale. Où l'art d'être un professionnel (sens n°1) non-professionnel (sens n°2)! L'art du non-sens, bienvenu chez les fous! Peut-être conviendrait-il de nous donner le titre à rallonge de "professionnel de santé amateur en santé mentale"...  

Alors, cette psychiatrie d'amateurs, ne serait pas forcément un problème, si chaque IDE, conscient de ses lacunes, plaçait le doute au sommet de son questionnement et si la certitude était rayée au gros marqueur qui tâche pour toujours. Mais non, la signature d'un contrat de travail légitime le statut de professionnel de santé et octroie à tout un chacun le droit de donner son point de vue et de se positionner sur telle ou telle situation clinique. Et c'est ainsi qu'on assiste impuissant lors de réunion clinique et autres synthèses à quelques absurdités parfois issues de femme actuelle dans le meilleur des cas (mais si dans le dernier numéro, ils disent comment soigner la dépression), parfois issues du bon (humhum...) sens populaire dans le pire des cas (ça lui ferait du bien de sortir prendre l'air, il fait si beau, au lieu rester enfermé toute la journée à déprimer, à croire qu'il a pas envie de se soigner celui-là!), chacun affirmant sa position haut et fort car après tout son statut lui donne ce droit! Moi, professionnel de santé, je sais ce qui est bon pour toi! Qu'importe le contenu de mon diplôme, cet hôpital me paye pour te soigner! Et si demain je m'ennuie je peux m'en aller et devenir pourquoi pas IDE en gastro, j'adore, ou IDE libérale, ça doit être chouette, et si je faisais IDE dans une grosse entreprise, ça doit changer de l'hosto! Penser, penser, penser, j'en ai mal à la tête moi! Maux de tête? On dit céphalée comme la baleine c'est facile à retenir hein qui a dit que je n'avais pas de vocabulaire? Moi je veux panser, panser, panser, alors IDE en ortho c'est rigolo! 


2- Ok nous n'avons pas de spécialisation psy et ça ne devrait pas changer dans les années à venir. Cela doit-il nous empêcher de progresser afin de devenir de bons soignants psy? Le statut d'infirmière hospitalière - fonctionnaire indélogeable - doit-il nous autoriser à nous reposer sur nos lauriers en nous disant qu'on en bave et chie déjà assez avec ces 3x8 à la con, ces plannings qui bougent sans arrêt, ces heures sup irrécupérable, ces médecins à l'humeur massacrante, ces cadres véritables petits chefs obsédés par la "qualité" et ces patients... j'en parle même pas!! Peut-on raisonnablement faire sa carrière en se disant: 

-  bon j'ai mon poste, tranquille, qu'es-ce que tu veux que j'aille bosser des ouvrages psy, ici il peut rien m'arriver, au pire je sais pas si j'injectais par erreur un patient, qu'est-ce qui se passerais, je te le dis au pire on me mutera dans un autre service de l’hôpital... pas bien grave tu vois! 

- Non mais attend, t'es pas devenue infirmière pour avoir un métier de planquée, t'avais bien des idéaux pendant tes études? 

- C'est vrai mais que veux tu j'en ai bavé pendant ces 3 longues années d'IFSI, normal de souffler après le diplôme. 

- T'as raison ai-je envie de dire, c'est normal de souffler après l'obtention du diplôme, c'est normal de consacrer son énergie à autres choses que le boulot, construire un couple, créer une famille, avoir des projets, des loisirs, mais peut-on souffler pendant 40 ans, peut-on faire une carrière sans se poser de questions, sans chercher à progresser, à s'améliorer. Peut-on terminer sa carrière en psy et dire au club de retraités ou de bridge c'est vous qui voyez "Salut, moi c'est Sophie, j'étais infirmière, je soignais des gens bizarre".

Vous trouvez que j'exagère, que j'en fais des tonnes et qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer. Alors voici deux phrases entendues en 2017 par des infirmiers exerçant en santé mentale! "Franchement ça fait 8 ans que je suis diplômée et je crois que je suis beaucoup moins compétente qu'au sortir de mes études, je suis nulle que ce soit en patho ou en traitement, j'ai tout oubliée" J'ai même pas essayé de contester ce regard lucide. Deuxième phrase, sympa elle aussi. "Putain, plus de 3 ans d'études pour faire ce qu'on fait ici, non mais franchement 6 mois d'études c'est largement suffisant pour bosser en psy". Là non plus j'ai rien dis, quelqu'un s'est chargé de répondre "Ah oui comme quoi c'est étrange la perception qu'on a de son métier parce que moi vois tu pour ce même travail j'ai parfois l'impression que 10 ans d'études n'auraient pas été de trop...". 

Comment deux personnes ayant le même métier, travaillant dans le même service, prenant en charge les mêmes patients peuvent-elles avoir une perception de leur travail si différente? J'appelle ça le faiseur contre le penseur. Le faiseur est un être qui a besoin de faire des choses, sans les penser. D'une façon générale il préfère bosser du matin car il prélève, il distribue les médocs, il aide les patients dans leur soins d'hygiène et s'il bosse avec des AS n'hésite pas un instant à leur donner un coup de main pour les toilettes. S'il y a des pansements, il s'y précipite. Sa grande crainte c'est de bosser d'après midi car on se bouscule pas sur le somatique. Et puis l'après midi il y a aussi les réunions cliniques, tout ce blablabla dont il ne ressort rien au final, le faiseur ne supporte pas cela. S'il est trop angoissé, il peut alors mettre à jour les dossiers patients, trier les bilans, ranger la pharma. C'est très utile pour l'organisation, on lui tire notre chapeau. Le penseur lui ne se bouscule pas sur les soins d'hygiène ou somatique. Dans son unité il est plus là pour créer du lien avec le patient, pour entrer en relation avec ce dernier, que pour faire une enième toilette car après tout c'est pas un drame de ne pas se laver, on peut toujours remettre ça au lendemain. Le penseur s'interroge et ne culpabilise pas d'observer les patients ou de mener un entretien dans le couloir quand bien même tout le reste de l'équipe s'agite autour de lui. Oui, j'avoue cette opposition faiseur vs penseur est excessivement caricaturale! Nous évoluons en réalité tous sur un continuum (Bullshit Suzie, pas un second continuum dans le même article quand même, tu déconnes là! Oui je déconne mais j'ai pas le temps, faut que j'avance tant que les idées sont là, alors va falloir faire avec!) qui va de faiseur à penseur l'idéal étant probablement de se situer au mileu soit un faiseur sachant penser, un penseur sachant faire, un faiseur qui pense ce qu'il fait, un penseur qui fait ce qu'il pense. 


3- Le nouveau programme des IFSI depuis la réforme de 2009 met l'accent sur la capacité de l'étudiant à chercher l'information. C'est une bonne chose mais le développement de cette compétence doit-il s'arrêter une fois le diplôme en poche.  Seul celui qui sait n'a plus besoin d'apprendre. Or, au vu de l'immense quantité de savoir autour de la question psy, on peut raisonnablement penser qu'il est impossible de toute l'assimiler. Donc celui qui sait - ou du moins qui considère tout savoir - est un danger pour un hôpital quand celui qui doute est une chance. Se considérer comme un éternel apprenant n'est elle pas la meilleure posture pour pérenniser la dynamique étudiante? Pourquoi travailler en dehors de ses heures de service est-il vécu comme une hérésie par nombre de soignant qui pourtant bossaient leurs cours le soir après les journées passées à l'IFSI? Cette infirmière qui se plaignait d'être moins compétente aujourd'hui après 8 ans de métier qu'au lendemain de son DE a aussi pour habitude d'attribuer la faute à la dégradation de sa compétence au médecin du service qui ne lui aurait rien appris. Mais merde alors, ce n'est pas au psy de nous apprendre la psy bordel! Tant mieux s'il y contribue, tant mieux s'il aime transmettre son savoir, tant mieux s'il possède des qualités de pédagogue mais bordel dire "je suis une infirmière moins bonne aujourd'hui qu'hier parce que le médecin ne m'apprend rien" c'est quand même fort de café! C'est fini ce circuit de l'information verticale ou le bon médecin distillerait à qui veut bien l'entendre quelques pépites de son savoir immense. Yo! Big Up! On est au XXIème depuis quelques années maintenant, l'information est partout et surtout elle est d'un accès qui n'a jamais été aussi simple! Sommes nous à ce point mauvaises pour ne pas être capable d'aller chercher l'information où elle se trouve? Remember Ascodocpsy?


4 - Rappelez-vous ce décret du code de la santé publique que l'on décortique tant qu'on est à l'IFSI et que l'on range aux oubliettes aussitôt diplômé. Oui oui c'est bien de celui-là dont je parle: le décret de compétence des IDE. L'article R4312-10 dit la chose suivante: "pour garantir la qualité des soins qu'il dispense et la sécurité des soins du patient, l'infirmier ou l'infirmière a le devoir d'actualiser et de perfectionner ses connaissances professionnelles." Je crois que c'est clair non? Il n'est pas écrit: l'IDE a, s'il n'a que ça à foutre, la possibilité d'actualiser et de perfectionner ses connaissance pro. Non il n'est pas écrit non plus. "l'IDE, si d'aventure son chemin venait à croiser celui d'un médecin peu avare en mots, pourra l'écouter pour s'en inspirer et progresser." Non! Et il n'est pas écris non plus "L'infirmier une fois la sécurité de l'emploi acquise pourra se la couler douce en s'enfermant dans un bureau bien à l'abri des malades mentaux et regarder à loisir des vidéos de chats mignons sur youtube". Non non relisez bien, ce n'est pas écrit cela... 

En revanche qu'est-ce qui est écrit: que l'IDE a le devoir de s'améliorer et de se perfectionner. Le DEVOIR! L'amélioration n'est donc pas une option, elle est une obligation. Une obligation qui figure sur notre texte de référence! Quand un psychiatre lit un ouvrage professionnel cela ne choque personne, en revanche qu'un IDE fasse la même chose et c'est le branle bas de combat. Pour en avoir parlé avec un collègue il y a longtemps déjà, voilà l'argumentaire que j'avais entendu: Non mais attend avec les horaires de malade qu'on fait et le salaire de misère qu'on reçoit, on va en plus rapporter un travail à la maison! 

Alors voilà, je termine cet article dans un état d'esprit différent de celui dans lequel j'en ai commencé la rédaction. J'avais envie de croire qu'en prenant conscience des enjeux nous pourrions changer et progresser. Là, je me dis qu'il est étonnant que nous mettions autant de résistance, d'oppositions à s'améliorer. Comme si "s'améliorer" était un gros mot. 

C'est dimanche, c'est l'été. ça y est le poulet fermier est magnifiquement grillé. Fuck! 
(en voilà un de gros mot tiens!) 


KissKiss
SuzieQ, une fiction autobiographique




vendredi 9 juin 2017

Ascodocpsy ou la voie royale de l'autodidaxie

par Han Cheng Yeh


C'est probablement ma plus grande crainte. La plus grande parce que c'est je crois la plus réelle, celle dont la probabilité de survenue est la plus élevée dans un avenir plus ou moins proche. Oh non n'allez pas croire que je vais encore me plaindre de ma condition, non il ne s'agit pas d'une angoisse individuelle, méa culpa je crois que j'ai déjà assez versé dans l'intime les semaines passées (ici par exemple). Non il s'agit d'une crainte que l'on pourrait qualifiée d'institutionnelle voire liée aux orientations nationale de politique de santé publique des années à venir (telle que je me les imagine  hein,  entendons nous bien, je n'ai ni scoop en la matière encore moins le don de divination!)

Trêve de suspens, ma crainte est celle de voir des postes infirmiers disparaître au profit d'autres métiers aux qualifications inférieures et ce pour des raisons budgétaires uniquement. Car même mal payé, un infirmier c'est toujours beaucoup trop cher! Surtout si - logique de direction - on peut obtenir un travail sensiblement identique pour bien moins cher! 

Moi je n'ai rien contre les aides-soignants, rien contre les AMP, ASH ou autres, bien au contraire. Dans un système psychiatrique aux rouages bien huilés, chaque corps de métier trouve sa place et tout fonctionne à merveille. Mais que se passe-t-il quand l'huile des ces même rouages à trop chauffer, finit par s'enflammer? Le mécanisme s'emballe, la psy part en vrille et chacun se doit alors justifier de sa position sur l’échiquier du système de soins. Je crois que nous en sommes là. Les notions de restructuration, de réorganisation et d'efficience, oui, d'efficience sont aujourd'hui archi-connues de tous les acteurs de ce système! Efficience: obtenir le maximum de résultats avec le minimum de moyens.

Je le redis ici: je n'ai rien contre les autres corps de métiers exerçant en psy. Ce sont des hommes, des femmes, des collègues, des professionnels que je respecte et qui ont assurément leur place sur l'échiquier mais qui à l'instar des IDE devront la défendre. Les aides-soignants l'ont bien compris et partout dans notre bel hexagone on voit fleurir des groupes de travail du genre "Comment intégrer les aides soignants dans le soin psychiatrique?". Les non-soignants sont également sur la sellette comme l'indique cette news que j'ai vu passer il y a peu de temps concernant l'hôpital de Strasbourg qui sous-traite avec une société privé les missions de nettoyage.

Je n'ai rien contre les autres professionnels mais je suis infirmière et j'écris pour défendre la spécificité soignante de mon métier. Je ne cherche pas le clivage mais en un article je suis capable de me mettre tout le monde à dos IDE inclus. Car si je dois être "remontée" contre un groupe bien spécifique ce serait contre le mien, contre les infirmiers. Alors il est probable que je ne me fasse pas d'ami sur ce coup-là mais peu importe... Puisque j'ai l'impression que nous, IDE, sommes en train de nous tirer une balle dans le pied, autant tenter à ma façon d'empêcher ce passage à l'acte auto-agressif! Et puis vive la - saine - polémique, c'est elle qui permet de faire évoluer sa pensée. Happy Polémik en quelque sorte et advienne que pourra.

J'ai déjà beaucoup parlé du concept de PMA pour Positive Mental Attitude. Pensez-vous que ce concept possède sa face sombre, son versant obscur? Allez moi j'y crois, je le nomme pMA avec oui un p minuscule pour pessimiste, soit in english por favor la pessimistic mental attitude à savoir la capacité à tout voir en noir, à oublier les (50?) nuances de gris.

Alors oui cet article est peut-être écrit sous l'influence de cette pMA. Cet article va aussi casser du sucre sur le dos des infirmiers alors que la réalité n'est évidement pas aussi sombre que ce que je vais décrire. Il n'empêche... 

L'une des clés qui garantira notre présence dans le système de soins psychiatrique est notre niveau de compétence. Si notre valeur ajoutée est reconnue de tous alors nous n'avons aucune crainte à avoir. Mais en revanche si cette valeur ajoutée spécifique à la psychiatrie n'est pas claire, si elle est mise en doute, si elle questionnée, alors il y a péril en la demeure. Puisque nous coûtons plus cher que d'autres métiers, nous devons apporter une compétence qu'eux non pas.

Quand j'émet l'idée que nous sommes remplaçables je reçois souvent comme réponse "oui enfin nous on fait les prélèvements et les soins somat'". Certes, je suis d'accord, la formation AS par exemple, ne permet pas la réalisation de ces soins. Mais si être IDE en psy se limite à réaliser des soins somatiques alors rien ne justifie une telle présence infirmière dans les services. Un seul IDE par roulement serait suffisant non? 

Quand autour de la table on se pose la question, nous sommes à peu près tous et toutes capables d'expliquer pourquoi nous n'avons pas fait le choix des soins généraux. La déshumanisation des soins, la sur-technicité, les rythmes inacceptables, l'absence totale de considération par les hiérarchies... Les explications sont multiples. En revanche quand il s'agit d'expliquer le choix de la psychiatrie c'est moins évident. Bien sûr il y a toujours autour de la table quelqu'un qui y va de son "on ne vient pas en psychiatrie par hasard"... mais encore... Excusez ma vulgarité, mais la pire des explications qui est malheureusement celle qui revient le plus souvent est "j'avais un bon relationnel alors j'ai choisi la psy... " Alors ça, ça me troue le cul! Ma mère à un bon relationnel, mon oncle et mon chien aussi! Moi aussi quelque part mon relationnel n'est pas mauvais, mais ce n'est pas ma compétence infirmière. C'est une qualité humaine ô combien indispensable, que l'on peut probablement développer et améliorer mais ce n'est pas une compétence spécifique.

Spécificité psy, compétences psy, tout cela revient à parler du rôle de l'IDE en psy, ce qui est l'objet même de ce blog. L'accueil d'un étudiant IDE en service psy est assez symptomatique du mal qui nous ronge! Je suis toujours effarée par ce que l'on attend des EIDE. "Tu vas pouvoir réaliser des prises de sang, t'inquiète tu auras tout ton temps ici, tu feras des électro, tu auras peut-être quelques pansements si on a la chance d'avoir une phlébotomie, et puis tu vas faire des IM" Wouah... boum, clouée sur ce coup là! Elle est là notre spé psy, je l'avais pas vue passée, on fait des IM !! Nourrissons-nous une forme d'infériorité face à nos collègues du général pour présenter notre métier sous un angle uniquement technique? Pourquoi ne pas s'attarder sur ce qui fait la richesse de l'exercice en psy? La connaissons nous d'ailleurs? (article éminemment subjectif il va sans dire...)

J'ai la conviction qu'il y a plus de technicité dans un entretien infirmier que dans une la pose d'une voie veineuse. L'entretien IDE est l'un des "geste technique" le plus complexe qu'il soit. J'en veux pour preuve que si l'on peut maîtriser la pose de voie veineuse jamais on ne maîtrisera l'entretien infirmier. On peut améliorer sa pratique, progresser, avoir des convictions mais de là à la maîtriser... Et paradoxalement pour technique qu'il soit, je le trouve bien peu valorisé. Pourquoi cela? J'y vois plusieurs explications. La première, nombre d'IDE ne sont pas à l'aise dans l'exercice de l'entretien alors il ne veulent pas trop montrer leur pratique aux étudiants. Ensuite nombre d'IDE sentent l'aspect technique de l'entretien mais ne savent pas trop l'expliquer. (Combien pourraient citer les 4 processus de l'entretien motivationnel ou les 6 attitudes d'écoutes de Porter?) Enfin, pire des explications, certains IDE ne différencient malheureusement pas ou si peu la pratique de l'entretien infirmier de la conversation avec Mme Michu...


Mon constat peut sembler amer mais ce qui est génial c'est que nous avons le pouvoir de changer cela! En effet si nous décidons d'élever notre niveau de compétence (ou simplement de l'affirmer) personne ne pourra contredire notre rôle. S'améliorer c'est se former. Bien sûr on peut apprendre en observant les autres, apprendre via nos propres expériences mais ce n'est pas suffisant. Il faut se donner des bases qui vont au-delà des apports initiaux de l'IFSI, un socle de savoir, développer des points de vue, des opinions critiques, connaître les théories du soin pour y adhérer ou pour les rejeter. Nous devons défendre des positionnements soignants, des projets de soins, non pas fondés sur nos émotions mais étayés par des modèles conceptuels. La formation est la base. Nous pouvons soit attendre qu'elle vienne à nous soit aller la chercher. Attendre que notre employeur nous finance une formation c'est encore une fois s'enfermer dans une positon d'asservissement face à notre employeur qui décide qui former, quand former et le sujet de formation. 

Je préfère être maîtresse de mon destin, ne pas attendre et m'autoformer. Ce qui m'amène au titre de cet article, la voie royale, celle qui a mes faveurs. I believe in autodidaxie, i believe in ascodocpsy

WTF? Là encore, trop méconnu est cet endroit parfois obscur, parfois caché au sein de l'epsm, relégué dans une pièce perdue, dans un réduit sans fenêtre (oui j'en rajoute un peu... c'est pour la dramaturgie du propos...) comme si on voulait empêcher le curieux de savoir, l'ignorant de s'instruire. Cette pièce c'est le centre de documentation de votre établissement. Elle peut sembler minuscule, les ouvrages peuvent apparaître comme anciens et quelques peu surannés et pourtant... Et pourtant oui ce centre est un centre. Un centre du savoir qui concentre bien plus que ce qu'au cours d'une carrière nous ne pourrions emmagasiner. Ce n'est pas un musée, c'est à la fois l'histoire de la psy, l'actualité et le futur réunis en même lieu. Comment est-ce possible? Ascodoc- fuckin' - psy man! Comment l'expliquer? Un regroupement d'une centaine de centre de documentations psychiatrique de France et de Navarre qui mettent en commun leurs ressources. Concrètement, tu bosses à Bordeaux par exemple et tu rêves de lire... euh... je sais pas... tiens si je sais, tu rêves de lire un Didier Pleux, tu rêves de lire "La révolution du divan"! Tu l'as vu sur Amazon mais bon t'es pas chaud pour te l'acheter... Et bien file sur le site de l'ascodocpsy, tu fais ta recherche sur la base santé-psy et tu obtiens ceci. So what? Un exemplaire à Ravenel, un autre à Montperrin, c'est pratique c'est juste à 865km pour l'un et 650km pour l'autre. Bon outre le fait que j'améliore ma géographie je vois pas bien l'intérêt de cela, ma pétrolette ne tiendra pas la distance. Au contraire c'est formidable car maintenant que tu as identifié ces deux exemplaires, il te suffit, soit de passer voir (si tu as vraiment un bon relationnel - lol - et aussi un bon sens d'orientation) la documentaliste de ton établissement, soit lui passer un appel téléphonique ou lui adresser un mail car ton établissement dans sa grande mansuétude l'a surement doté de moyens de communication modernes en phase avec son époque. La documentaliste se chargera alors de te procurer le dit document de façon absolument gratuite charge à toi d'en faire alors une lecture attentive et si possible d'en retirer quelques idées que tu pourras utiliser dans ta pratique quotidienne.... et donc in fine améliorer ta compétence!

Mais ascodocpsy ce n'est pas que ça! Tu peux aussi t'abonner à une newsletter pointue sur ton ou tes sujets de prédilections qui chaque mois t'apportera les liens vers les articles scientifiques récemment publiés. Une veille numérique géniale pour l'amélioration permanentes des pratiques. 

Si vous m'avez lu jusqu'à ces lignes, bravo! J'entends déjà poindre les critiques. "Ouais c'est bien d'avoir un savoir théorique mais notre métier n'est pas une accumulation de savoirs. Nous sommes au chevet du patient, là où la théorie fait moins la maligne. Le "prendre soin", l'empathie voire l'amour dans le soin, ne sont pas des compétences que l'on apprend dans des livres Suzie". Oui c'est un point de vue qui se défend mais ce n'est pas le mien. Ce que je pense c'est que se détacher de l'approche théorique pour voler de ses propres ailes n'est possible qu'à condition de l'avoir cette putain d'approche théorique. A l'heure actuelle combien de soignants en psy sont capables de citer les deux topiques de Freud et combien savent qui est Carl Rogers? Et bien pas tant que ça je le crains. Et je ne parle que de deux références de base...  Vous trouvez cela exagéré? Alors faites un tour de table en fin de transmissions auprès de vos collègues, demandez leur quels auteurs influencent leur pratique? De qui s'inspirent-ils? 

Pour aller plus loin dans mon propos je vais rédiger deux ou trois articles qui illustreront mon propos et qui seront publiés sur le blog dans les jours, semaines à venir. 

Merci pour votre lecture attentive,
KissKiss

Suzie Q, une fiction autobiographique.






mardi 12 janvier 2016

# 32 - Editorial : Quel avenir pour ce blog?

@ will


ça s'est passé il y a deux nuits de cela. Je dormais, enfin je crois. C'est alors qu'il se manifesta à moi, enfin à ce qui restait d'éveillé en moi.

- On se réveille là dedans hurla-t-il.

Je me retournai dans mon lit, m'emmêlant comme à mon habitude dans mes draps. Je ne sais pas si le formulai réellement mais, dans la reconstruction que j'en fais, je lui répondit avec la même fermeté que lui avait usé.

- Dégage, laisse moi dormir et pis t'es qui d'abord?

- Qui je suis? Dis moi qui je suis?

(toute ressemblance avec la magnifique chanson de Florent Marchet n'est que fortuite car croyez-moi l'ambiance n'était pas à la poésie mais bien à l’agression.)


- Qui tu es? j'en sais fichtre rien... quoique... c'est débile... mais j'ai l'impression de te connaitre... Je ne te vois pas, je ne t'entends pas, tu es juste là, en moi, tu t'imposes à moi et ton nom qui s'affiche devant moi, tu es...

- Je suis?

- K2R c'est bien ça?

- K2R détachant s'il vous plaît.

- K2R détachant?

- pour te pourrir!

- C'est quoi ce nom de scène ringard?

- C'est pour Kevin de Rambo, digne héritier de Gaëtan de Clérambault.

- Bullshit c'est des conneries tout ça, me fais pas le coup de l'automatisme mental, ça c'est bon pour les manuels! Comme si j'allais y croire un seul instant!

- Tait-toi, ferme là! Si tu crois que va me la faire à l'envers... Parce que toi tu crois que quelqu'un est assez stupide pour croire à ton pseudo de Suzie Q. Qui va croire à la légende de la petite fille qui porte le nom d'une drogue et qui deviens infirmière psy? Non mais laisse moi rire!

- Ouais ben mon pseudo il est autrement plus classe que le tien! Bon et qu'est ce que tu me veux? Pourquoi viens tu détruire ma nuit?

- Je veux parler. Pousse toi fais moi une place sur l'oreiller.

Mon réveil sonna, il était 6h30 et mon histoire avec ce fouteur de merde de Kévinou en resta là. Je classai cet improbable entretien dans les événements étranges qui habitent ma vie depuis toute petite. Pour autant j'étais loin d'imaginer qu'il allait à nouveau s'inviter la nuit suivante.

- C'est de ton blog que je veux parler SuzieQ.

- Quoi mon blog?

- 'tain mais qu'est-ce qui t'arrive t'es en gréve, tu fais la gueule, ou t'as le symptôme de la page blanche?

- Pourquoi dis tu cela?

- Arrête je te l'ai déjà dis, tu me la feras pas à l'envers. Je lis en toi, alors soit honnête, sincère et tu retourneras à tes beaux rêves de midinette rapidement. Alors je réitère ma question: what the fuck??

- Mais j'en sais rien, c'est juste difficile en ce moment.

- Moi je pense que ça va au delà. Je t'observe en silence. Un peu, souvent, tout le temps. Et tu as changé. La dynamique autour de ton blog a changé, ton investissement aussi.

- Oui c'est vrai, c'est dur, le coup de mou, j'ai le sentiment d'être perdue, de ne plus savoir dans quelle direction aller....

- Ah putain, chiale pas s'il te plait, je supporte pas les geignards, ceux qui baissent les bras et qui abandonnent. Les faibles me donnent la nausée. Les victimes je t'en parle même pas... Et puis je vois pas de quoi tu te plains, j'ai l'impression que ça marche pas mal... J'ai découvert ton existence via le site infirmiers.com ce qui est, tu en conviendras, plutôt sympa comme exposition médiatique.

- Mais oui je sais c'est super d'être lue alors que je ne suis pas journaliste... être publiée sur un médias très populaire auprès de la communauté des IDE m'a donné un supplément de confiance à défaut d'un supplément de lecteurs...

- Bon alors what the fuck?

- Lorsque j'ai commencé l'aventure SuzieQ is in the house of madness j'étais à la recherche d'un quelque chose qu'à chaque article j'approche un peu plus. User d'une liberté de parole, aider le néophyte à mieux cerner le rôle si spécifique de l'infirmier psy et puis aussi exprimer mes colères le tout sous un enrobage a minima littéraire. Avoir une exigence sur le fond comme sur la forme.

- Oui enfin t'emballe pas, t'es blogueuse pas romancière, t'es peut être en colère mais t'es pas Virginie Despentes non plus. Je vais te calmer direct, t'as aucun talent... mais je te l'accorde tu te dépatouilles pas trop mal avec la petite centaine de mots que contient ton vocabulaire. 

- Salaud va! Je suis peut-être pas une artiste c'est vrai mais ça ne m'empêche pas d'avoir un minimum d'exigence. Or cette exigence se marrie mal avec mes contraintes de temps et mon rythme de vie.

- C'est à dire?

- Ben c'est à dire que j'ai deux enfants en bas âge, je travaille à temps plein voire plus car j'ai un investissement institutionnel qui va croissant avec une présence dans plusieurs commissions au sein de l'Epsm et pour couronner je déborde de projets pour 2016... Ainsi je débute un cursus à Paris en vue de l'obtention d'un Diplôme Universitaire. C'est une opportunité géniale mais qui là aussi va être chronophage au possible en raison du travail personnel important et du mémoire à rédiger. Alors si à ça on ajoute la possibilité que j'intègre courant 2016 la CUMP de mon établissement autant te dire que je suis overbooké! 

- On te plaindrait presque... Overbooké, non mais regarde-toi, pire qu'une cadre de santé, on dirait un administratif! Personne ne t'a imposé ça, tu fais tes choix, assume-les, merde!

- Oh arrête, tu questionnes, je réponds. Non je ne suis pas à plaindre, je t'explique seulement à quel point il m'est difficile de consacrer du temps à ce blog. La demie-journée qui m'est nécessaire pour rédiger un article est impossible à caser dans mon agenda.

- Merde il faut que tu tranches dans le vif! Soit tu fermes ce blog et je te rassure tout de suite, tu ne manqueras à personne, tu n'as rien d'unique et aussitôt morte tu seras remplacée par dix blogueurs plus talentueux que toi mais au moins ton aventure de blogueuse bien qu'éphémère t'auras apporté nombre de satisfactions.

- Soit?

- Soit tu t'accroches et tu essaies de combiner au mieux tous ces éléments que tu m'as cité. Le autres blogueurs aussi ont des vies, des enfants, un métier et des loisirs. Je te l'ai dit tu n'es pas unique et tu n'es pas exceptionnelle non plus. 

- Oui je sais et je ne suis pas non plus un flocon de neige, merci Tyler Durden, je connaîs! 

- Pourquoi te mettre des contraintes avec ce blog? Il est le fruit de ton imagination, tu en fait ce que tu veux. Tu n'as pas à publier 3 articles par semaines si tu n'y arrives pas. Un bon article de temps en temps c'est déjà pas si mal... Ne regardes pas le nombres de visiteurs sur ton site, ni le nombre d'abonnés sur ton twitter ou ton facebook, branle toi de cela! Tu n'es pas TF1, ton existence n'es pas liée à ton audimat! Je vais te le dire de façon plus simple!

- Je suis toute ouïe!

- Écris, écris, écris. Contente-toi de cela! Tu n'as pas fait ce blog pour te la jouer webmaster alors laisse tomber les statistiques de google analytics et retourne écrire. Il y a 6 mois, tu n'existais pas... au sens propre du terme! Et aujourd'hui, Suzie Q, non seulement tu es mais tu t'interroges, tu cherches le sens et là, c'est merveilleux, tu expérimentes l'angoisse alors franchement je trouve que c'est là une magnifique progression!

- Merci des conseils K2R, je vais y réfléchir...

- C'est tout vu Suzie Q! Mais attention la prochaine qu'un délire existentialiste s’abat sur toi, ne nous emmerde pas avec ton mal-être, on est tes lecteurs pas ton analyste, alors la prochaine fois et bien il te suffira d'arrêter de publier et on comprendra...

- Comprendre quoi?

- Que Suzie Q is dead...

- Alors on en est là, on en est au fameux write or die...